Louise d’Olivier de Pezet (1844-1920)

Château d’Unang – Extrait du livre de Marie-Thérèse Jouveau sur Joseph d’Arbaud

Louise d’Olivier de Pezet est connue sous le nom de « tante d’Unang », du nom de son château à Malemort du Comtat.

Naissance et enfance

Louise d’Olivier de Pezet née le 18 juin 1844 au 2 rue de l’Oratoire à Avignon. Son père est Albert Joseph Augustin d’Olivier du Pezet et sa mère Louise Anne Félicité Ernestine de Barrême de Montravail.

Elle tient à son rang et son caractère n’est pas très commode. Jeune fille on l’appelle déjà à Avignon « Mademoiselle j’ordonne ». Adulte, comme elle s’estime investie d’une certaine autorité vis à vis de son évêque, l’un de ses contemporains rédige pour son épitaphe les quatre vers suivants :

Ci-gît l’orgueilleuse marquise
Qui du sommet de son blason
Donnait des conseils à l’Eglise
Et jusqu’à l’Esprit Saint, dit-on.

Mariage

Le 27 octobre 1864, Louise épouse Edgar de Raphélis-Soissan. Un contrat de mariage est établi le 25 octobre 1864 devant maitres Almaric et Giéra, notaire à Avignon.

Edgar décède peu après, le 10 décembre 1865. Il est enterré à Cavaillon. Louise est enceinte et donnera naissance le 25 mars 1866 à une fille surnommée Edgarde.

En réalité, elle n’est pas marquise, mais seulement comtesse, car le tenant du titre est Maurice, l’oncle de son mari, qui décéda après son neveu Edgar, le titre de marquis étant ainsi transmis au jeune frère vivant d’Edgar, autre Maurice.

Louis de Raphélis-Soissan doit prendre un emploi d’agent d’assurances à Marseille pour faire vivre sa famille et Louise, venue lui rendre visite, trouve qu’en entrant dans les affaires il s’abaisse. Et elle le fait savoir à sa façon. Elle s’attire la réponse suivante :

« Nous vous avons reçu, Edgarde (fille d’Edgar et de Louise) et vous avec la plus grande affection lorsque vous êtes venues à Marseille, sans arrière-pensée, avec le désir d’avoir des relations cordiales. Nous n’y sommes pas parvenus. Au contraire, II nous est revenu aux oreilles que vous trouviez que nous sentions l’huile et le savon. Est-ce bien à vous qui portez un olivier dans vos armes de parler de la sorte ?… Vous ne nous accuserez pas d’avoir usé les parquets de vos salons, comme vous semblez le reprocher à Maurice (frère de Louis) et à sa famille. »

Louise entretient de bonnes relations avec son neveu Joseph d’Arbaud qui fait plusieurs séjours au château d’Unang à partir de décembre 19081.

Edgarde décède le 11 février 1916 à Unang, sans alliance ni postérité. On raconte que, pendant les quatre dernières années de sa vie, sa mère laissa son couvert mis à table.

Après le décès d’Edgarde, Louise fait transférer le corps d’Edgar au château d’Unang.

En 1916, à la demande pressante de Maurice, Louise procède au partage des tableaux de famille restés jusque là indivis2.

Louise décède le 31 mai 1920 à son château d’Unang.

Héritage

Au décès de Louise, son neveu Jean de Raphélis-Soissan hérite d’elle :

  • de la terre de Champfleury à Avignon qu’il vend et sur laquelle il y a aujourd’hui un supermarché Leclerc,
  • du portrait d’Esprit de Raphélis (le portrait de Françoise de Soissan est attribué aux d’Anselme du côté Olivier. Ce portrait est ovale, Françoise, habillée en grecque, tient un livre à la main).

Tombes du château d’Unang

Au château d’Unang, dans la chapelle, se trouvent cinq tombes avec les inscriptions suivantes :

  1. O.M. Joseph Pierre de SIMIANE O.S.B. 22 Janvier1905.
  2. Révérend Père François MAGNI, S.J. 12 Janvier 1907.
  3. Edgardus de RAFFELIS-SOISSAN die 10 decembri 1865, 23 annos natus Miles Pontificatis pugnavit Roma pro Papa.
  4. Ludovica Edgarda de RAFFELIS-SOISSAN serva servorum Christi die 11 Februari 1916, 49 annos nata
  5. Ludovica de OLIVIER, Marchionissa de RAFFELIS-SOISSAN, 31 die Maji 1920, 76 annos nata.

Notes et références

Notes

  • Charles de Raphélis-Soissan, Histoire et généalogie de la famille de Raphélis-Soissan et des familles alliées, inédit.

Références

  1. Marie-Thérèse Jouveau, Joseph d’Arbaud, pages 142-143, 151-153, 156, 178-179, 190, 195, 215, 218, 235
  2. Lettre du 27 août 1916 de Louise à son beau-frère Louis

Edgar de Raphélis-Soissan (1842-1865)

Edgar de Raphélis-Soissan est surtout connu comme zouave pontifical.

Enfance

Edgar de Raphélis-Soissan nait le 24 août 1842 à Cavaillon.

Son père, Charles de Raphélis-Soissan, meurt en 1851 et a un fils posthume, Louis, qu’Edgar entoure des soins les plus affectueux.

Zouave pontifical

Avant l’unification de l’Italie (1848-1870) existait un état pontifical qui s’étendait de la Méditerranée, avec Rome, à l’Adriatique et coupait la péninsule en deux.

Garibaldi bat, en 1860 à Castelfidardo, l’armée du Pape qui doit se replier sur la province entourant Rome. Celle défaite a un grand retentissement dans les milieux catholiques ultramontains, particulièrement en France et en Belgique. Un corps de volontaires est alors constitué pour défendre le pouvoir temporel du Pape, que l’on estime indispensable à son indépendance.

Dans le livre Les Soldats du Pape (Amyot Paris 1868) Oscar Poli raconte les marches et les contremarches que font alors les zouaves, sans rencontrer beaucoup de résistance de la part des Garibaldiens. Au gré des fluctuations du front, les villageois pavoisent aux couleurs du Piémont ou du Pape, avec parfois des méprises sur le parti auquel appartient le corps de troupe arrivant. Une fois les volontaires du Pape aiguisent ostensiblement leur baïonnette sur la place du village pour impressionner la population.

Trois frères, Edgar, Casimir et Maurice de Raphélis-Soissan s’engagent tour à tour dans les zouaves pontificaux. Edgar rejoint Rome le 4 février 1861.

Edgar est réputé parmi ses camarades pour sa gaieté et son humour. Le 10 avril 1861, il écrit de Rome la lettre suivante à son cousin Maurice :

Ah! ah! cher Maurice, je te vois déjà ouvrir de grands yeux en voyant ma lettre. Tu te passes déjà la langue sur les lèvres… Je t’avertis que ça sent la puce d’une lieu, à preuve que j’en ai une qui me pique le mollet. Ces vilaines bêtes sont comme les piémontais, elles se fourrent partout. … Et nous ne sommes encore qu’au printemps, ce n’est que l’avant-garde. Il paraît que l’été, nous aurons une véritable armée d’occupation.

Et maintenant, veux-tu que je te donne un spécimen de la vie d’un zouzou ? D’abord il ne faut pas être délicat. As-tu jamais couché par terre avec une simple couverture en guise de paillasse, de matelas et de draps? Quand on est de garde au milieu de la nuit il faut se tenir deux heures dans une guérite sous une pluie battante qui vient vous fouetter la figure. … et crier à tous les passants « qui vive ». S’ils ne répondaient pas, il faudrait le plus gentiment du monde leur passer la baïonnette au travers de l’abdomen. Ça ne m’est pas encore arrivé car ils ont grand soin de crier « amici » et de vite f… le camp. Puis vous allez mollement vous étendre sur une bonne planche avec votre sac dur pour oreiller. A peine avez-vous tapé de l’œil, comme on dit, que vous entendez le caporal de garde crier : numéro 7, 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8 debout pour la patrouille. La pluie tombe toujours, ce n’est pas gai, on met le capuchon sur la tête, le fusil sur l’épaule et en avant marche !

On va, par ce beau temps, faire un petit tour de promenade sentimentale à travers les rues de la ville, pendant une petite heure. On revient mouillé comme des tritons sortant du sein d’Amphitrite et on se dépêche de s’endormir en attendant la nouvelle garde. … Et quand on nous commande de corvée pour peler les pommes de terre ou éplucher les lentilles, une chose est bien certaine, si c’est moi qui les ai triées, je me garde bien d’en manger, car je serais certain de me casser au moins 5 ou 6 dents.

Avec ça, on fait l’exercice, on cire ses bottes, on blanchit ses guêtres, … on astique son sabre et son fusil. … Et on a tantôt les mains noires tantôt blanches tantôt jaunes. … Les puces toujours nous tourmentent, peut-être en serons-nous bientôt délivrés, les punaises, dit-on, les mangeront.

Adieu, mon cher cousin, un bon baiser à la zouzou et tout à toi.

Il demeure deux ans zouave pontifical, est nommé caporal au mois de novembre 1862 et quelques mois plus tard regagne Avignon où la santé de sa mère donne des signes d’inquiétude.

Mariage et décès

Edgar épouse le 27 octobre 1864 Louise d’Olivier de Pezet, que ses neveux surnommeront « la tante d’Unang » du nom de son château à Malemort du Comtat.

Sa mère meurt le 8 décembre 1864 et à 22 ans il devient chef de famille, en charge de ses trois jeunes frères. « Il faut que j’ai soin de mes frères. Il faut que je sois pour eux, bien jeunes encore, père et mère à la fois. »

Charles, son plus jeune frère étant gravement malade, Edgar passe des jours et des nuits à le soigner et contracte ainsi la tuberculose1 qui devait l’épuiser et l’emporter.

Il meurt le 10 décembre 1865 à Avignon. Il a une fille posthume, surnommée Edgarde, née le 20 mars 1866.

Notes et références

Notes

  • Charles de Raphélis-Soissan, Histoire et généalogie de la famille de Raphélis-Soissan et des familles alliées, inédit.
  • Oscar de Poli, Les soldats du pape (1860 – 1867), édition Amyot, quatrième édition, pages 257 à 267.

Références

  1. Marie-Thérèse Jouveau, Joseph d’Arbaud, page 235