Léoube

Les enfants Abeille en vacances à Léoube

Pendant les vacances, les enfants Angèle, Geneviève, Maurice, Germaine, Marcelle, Marinette et Louis Abeille retrouvaient à Léoube une bande de cousins ainsi que leurs tantes. Ils étaient logés à la villa Maria avec la famille d’Émile Vincent. C’était une époque où les congés n’existaient pas pour les messieurs. Sous la responsabilité de Madame Bosc, « Les petites » ainsi nommées, terme péjoratif pour ces enfants orphelins, se sentaient un peu à part… Les garçons bénéficiaient de plus de liberté.

Tout le monde se retrouvait le dimanche pour déjeuner au château. Les domestiques mettaient le couvert et il y avait un petit couteau tout seul de son espèce et convoité par tous les enfants. Quand par le sort il tombait sur un des « petits », subrepticement, une des mères de famille le mettait à un de ses enfants. Donc aucun des « petits » n’a jamais eu le couteau convoité !1

« Les frivolités » – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

La couture l’après midi – Août 1916

Parfois à l’issue du repas, oncle Edme se tournant vers ses nièces lançait : « Petite, à vos frivolités »… Ne croyez pas que sous ce vocable il y ait eu quelque chose d’affriolant. Non bien sûr que non. Il s’agissait simplement que le gent féminine prenne qui un crochet pour réaliser un col, qui une aiguille pour raccourcir un ourlet ou installer de nouveaux poignes à une robe etc…

Pendant ce temps là tous les cousins s’évanouissaient dans la nature, parcouraient les collines et les vallons et à bout de souffle fabriquaient un feu pour faire griller le poulet imprudent qui s’était égaré loin de la ferme…

A la fin de leurs travaux d’aiguilles, les cousines allaient en promenade sous la houlette de « Madame » leur gouvernante.

Ces petits moments de la vie allaient changer à l’approche de la guerre de 14. Vous avez sans doute remarqué que sur l’album de Suzanne Fabre, à la date de 1916, il n’y a pratiquement aucun cousin. Les seuls hommes présents sont en uniforme lors d’une permission. Mon père, engagé volontaire en 1916, était avec trois de ses frères au front, et mon grand-père engagé volontaire dans une milice qui surveillait jour et nuit par les sentiers des douaniers la rade de Toulon… Les délices de Léoube s’estompaient dans le bruit et la fureur dont les récits que mon père m’en faisait dépassaient l’entendement. Mais ceci est une autre histoire…

L’acquéreur de Léoube en 1921 fut un Monsieur Lebel qui avait fait fortune avec ses fusils pendant la guerre… Certains d’entre nous ont bien connu sa fille, Madame Olffensen qui se désolait que nous ayons dû nous séparer de tant de splendeurs. Ainsi va la vie…

Le temps des melons – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

Il y avait un moment l’été où la saison des melons battait son plein. Sur la terrasse s’installaient alors dans leurs fauteuils de rotin les oncles qui se faisaient apporter les cageots. Leur mission était de choisir ceux que l’on servirait à table. Ils tiraient dons leurs couteaux de leurs poches, creusaient chacun un triangle dans un melon, goûtaient, puis, selon leur décision, jetaient dans un cageot vide l’objet de leur dégustation. Dans le cageot de droite, ils hurlaient « Bon pour les cochons », dans celui de gauche, « Bon pour la maison ». L’ennui, c’était que les oncles adoraient les melons et que leur dégustation s’étendait bien au delà des besoins de la table familiale. Au bout d’un moment s’ensuivait inévitablement des besoins naturels que le seul cabinet du coin ne pouvait permettre à deux personnes à la fois de soulager. On entendait alors par celui qui restait à l’extérieur du « petit coin », des gémissements et des supplications à fendre l’âme : « Edmond, je t’en supplie, laisse moi la place, je te donnerai ce que tu voudras mais ouvre par pitié. » C’était un spectacle réjouissant que je n’ai jamais oublié, d’autant plus qu’il se renouvelait, la gourmandise des oncles étant plus forte que le souvenir des conséquences inévitables qu’elle procurait.

A table – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

L’été, nous déjeunions dehors sur la terrasse bordant la mer. D’immenses draps de toile étaient installés, tombant du 1er étage et s’appuyant sur la rambarde de façon à amortir la violence de la réverbération. Leurs mouvements au fil de la brise évoquaient les voiles d’un navire et engendraient des rêves de voyages et d’aventures. Cependant, nous étions fort nombreux : il y avait une table de parents et une immense table d’enfants extrêmement bruyante. Au début de chaque été l’oncle Edme, qui était célibataire et n’aimait pas le bruit, se levait, tapait sur son verre et annonçait d’une voix forte : « J’offrirai un âne à celui d’entre vous qui ne parlera pas à table durant tout l’été. » L’effet était spectaculaire et pendant deux ou trois jours, un silence de bénédictin présidait aux repas. Mais la tentation était la plus forte, petit à petit la parole reprenait ses droits et s’épanouissait jusqu’à retrouver la cacophonie habituelle, et c’est ainsi que l’oncle Edme n’eut jamais l’occasion d’acheter un seul âne…

A la chapelle – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

Léoube : la chapelle, aujourd’hui démolie, et le château

Nous avions une tante Marie qui était très pieuse. Elle avait entendue dans sa jeunesse une voix lui disant « Marie, Marie, ne te marie pas » et elle avait décidé que la multitude de ses neveux suffirait à son bonheur. Bien entendu nous étions impérativement convoqués à la chapelle2 pour d’innombrables cérémonies que nos parents trouvaient quelques fois abusives et c’est ainsi qu’on assistait à l’occasion des vêpres notamment à la scène suivante. Tante Marie rentrait majestueusement dans la chapelle et s’installait au premier rang suivie par tous les oncles qui formaient comme un mur derrière elle, puis venaient en désordre le reste de la famille dont la horde de cousins qui s’installaient au fond. L’office commençait et l’un des oncles faisait au bout d’un moment avec la main un geste impératif désignant la porte de la sacristie ouverte et comme des sioux, en silence et en bon ordre, nous nous glissions dehors retrouver avec bonheur le soleil, la lumière impérieuse et les poursuites dans les bois. Tante Marie vécut très longtemps faisant bénéficier de sa générosité tous ceux que la vie avait meurtris et qu’elle pouvait rencontrer. Elle trouvait que notre famille avait été très gâtée par la vie et priait assidument pour que ses neveux soient pauvres. Mon père disait qu’elle y était remarquablement parvenue.

Le curé de la Londe les Maures – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

Mon père ne se rappelait plus son nom mais très bien de sa gentillesse et de sa disponibilité… Avec l’avènement du chemin de fer à vapeur qui traversait tous ces bois entre Hyères et Bormes les Mimosas, invariablement les locomotives qui crachaient pas mal d’escarbilles arrivaient à mettre le feu… Aussitôt on envoyait un homme à cheval chez le curé qui sonnait à toute volée le tocsin pour avertir les populations. Chacun laissait là son ouvrage et se précipitait pour prêter main forte, qui avec des seaux d’eau, qui avec des branchages pour taper sur le feu. On allumait aussi des contre-feux et on ne peut pas dire qu’il y ait eu à cette époque les catastrophes que nous allions connaître bien plus tard dans le massif des Maures ou à Tanneron. Cette solidarité a disparu au grand regret de ceux qui l’ont vécue…

Une autre particularité de ce curé bienveillant était de répondre sans délai à l’appel de mon arrière-grand-mère Élise Gérard-Vincent tous les 15 août. Comme chacun de nous le sait, Sainte Marie est une grande fête dans notre famille dont tous les membres portent les prénoms de Marie Joseph. Ainsi ce brave homme par une belle chaleur arrivait en sueur au château où la famille l’attendait tellement nombreuse qu’à elle seule, elle formait la procession du 15 août partant de la chapelle pour déambuler sous les pins jusqu’à la statue de la Vierge en chantant des cantiques qui faisaient taire les cigales…

Je voudrais dire un mot de cette arrière-grand-mère décidée et imposante qui ne s’était jamais appuyé au dossier de n’importe lequel de ses fauteuils. Elle avait une grande allure, se tenait droite comme un i et avait une mémoire infaillible disait mon père. Il se rappelle très bien enfant être allé chaque premier janvier souhaiter la bonne année à cette fabuleuse grand-mère qui trônait toute la journée dans le grand salon de la place d’Armes à Toulon pour recevoir les hommages de son innombrable famille avec de chaque côté deux sacs remplis de pièces, l’un de 20 sous et l’autre de 200 sous. Elle donnait 20 sous à ceux qui n’avaient pas fait leur première communion et 100 sous à l’avaient faite. Mon père éberlué racontait qu’elle ne s’était jamais trompée…

Histoire de Léoube par Frédérik Lantelme

Le domaine de Léoube faisait partie, au XVIème siècle, du marquisat de Brégançon situé sur le territoire de la commune de Bormes, il est limité au sud sur une longueur de plus de 3 km par le rivage de la rade d’Hyères.

Il appartenait à François Bogogni qui le donna à son gendre en 1619. La descendance de ce dernier s’étant éteinte en 1745, Léoube fit retour à l’État qui dut le rétrocéder aux créanciers.

Ce fut Simon Segard, bijoutier à Paris, qui l’acquit, mais il le revendit l’année suivante, en 1746, aux frères Brémond qui se firent appeler Brémond de Léoube et le conservèrent jusqu’en 1840, date à laquelle ils le vendirent à Émile Gérard, âgée de 38 ans, fils de Joseph Dominique.

Le château date du XIVème siècle (donation par la reine Jeanne en 1348, comtesse de Provence et de Forcalquier) et il a fait l’objet de plusieurs restaurations en 1731 et 1883.

Léoube – Chemin de Pierre Blanche – Dessin à la plume d’Émile Vincent

Construit sur une éminence, sur son sol se développe une végétation exubérante de pins d’alep et de pins maritimes, de chênes-liège et de châtaigniers, vignes, oliviers et de toutes sortes de plantes odorantes répandues sur la Côte d’Azur, propre à inspirer Émile Vincent (1828 1907) (neveu d’Émile Gérard) qui nous laissera de nombreux tableaux, dessins et fusains, cités par Henri Vincent dans son ouvrage sur son père : Léoube, plage du Pellegrin (fusain), Chemin sous bois dans la forêt de Léoube (dessin à l’encre de Chine), Chemin de Pierre Blanche Léoube (dessin à la plume).

Le château, (on a une très belle vue sur la rade et les îles d’Hyères), comprend des appartements spacieux ; rez-de-chaussée, un grand salon et une salle à manger pouvant contenir 30 à 40 personnes. Au premier et deuxième étage : 18 chambres. Dans sa cave, on peut loger plus de 3000 hectos.

Les communs comprennent deux écuries et deux remises pouvant abriter une dizaine de chevaux. Une bergerie de 200 moutons.

Les récoltes de 1920 ont été les suivantes :  vin (3000 hectos), avoine (16 000 K.), fourrage (40 000 K.), pêche (5 000 K.), etc…

La superficie du domaine est d’environ 610 hectares, 500 en forêts, 54 vignobles, 25 en terres labourables, 31 bâtiments, parcs, chemins, etc…

Le parc est planté de magnifiques palmiers, d’eucalyptus gigantesques, d’une grande variété de mimosas et d’arbres exotiques.

Les descendants d’Émile Gérard ont du s’en séparer, la propriété a été mise en adjudication devant le tribunal de Toulon le samedi 23 avril 1921 sur la mise à prix d’un million de francs. Acquéreur : Messieurs Engelsen et Lebel.

Vente de Léoube le 23 avril 1921

Pour la vente aux enchères du 23 avril 1921, Pierre et Émile Gérard, Albert Dor et Henri Jombert réalise une brochure.

Cette brochure comporte des erreurs comme une interversion des légendes des photos. Pour notre famille, en page 6, J.D. Gérard étant décédé le 21 septembre 1930, c’est son fils Émile Gérard qui a acheté Léoube en 1840.

A noter que la valeur de la propriété était diminuée en raison des incendies de 1918 et 1919.

Léoube a été adjugé 1 501 000 francs à Monsieur L. Aubert. Henri Vincent rapporte que d’après M° Palenc, notaire à Hyères, M. Aubert a reconnu avoir eu la propriété à bon compte : il était persuadé qu’il ne l’aurait pas à moins 1 800 000 francs3.

Mise en vente de Léoube le 23 avril 1921 – Collection Marc de Raphélis-Soissan

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Notes et références

  1. Récits d’Annie Séjourné et de Mireille Caire
  2. Cette chapelle était accolée au château et est aujourd’hui démolie. A ne pas confondre avec la chapelle Saint Georges.
  3. Il y a une incohérence entre les noms des acheteurs donnés par Frédérik Lantelme et Henri Vincent.
  4. Trois familles provençales : Vincent – Gérard – Benet – Frédérik Lantelme – 1988 (pages 315 et 316)

Annulation d’un jugement rendu contre Emile Gérard – 17 décembre 1844

Emile Gérard (1802-1857)

Le 10 juillet 1840, Émile Gérard acheta, des frères Brémond de Léoubes, le château de Léoubes et ses dépendances, moyennant 80,000 francs. – Sur la demande de la régie, une expertise fut ordonnée par le tribunal de Toulon. – L’expert de la régie estima le domaine 169,408 francs 94 centimes ; l’expert de Gérard l’estima 81,380 francs. – Le juge de paix nomma tiers expert, qui estima l’immeuble 88,160 francs et 41 centimes. – La régie, relevant des erreurs partielles dans l’évaluation du tiers expert dingue que, d’après des bases posées par lui, l’évaluation de vaisselle levait à 93,832 francs 39 centimes.

Elle conclut à ce que l’expertise et la tierce expertise fussent déclarées nulles, et à ce qu’il fut procédé à une nouvelle expertise. – Gérard conclut à ce que, sans avoir égard à la demande de la régie il fut mis hors de cause et de procès. – Sur ces conclusions, le tribunal civil de Toulon rendit, le 27 décembre 1842, un jugement par lequel il homologue à le rapport de l’administration de l’enregistrement, et condamna Gérard dépens ;

Ces motifs sont qu’en admettant l’existence des irrégularités de forme signalées par l’administration dans les rapports des deux premiers experts, elles ne seraient pas de nature en entraîner la nullité ; que, la régie s’appuyant, pour sa demande, sur les erreurs commises par le tiers expert, le tribunal avait le droit d’examiner les rapports au fond ; – que les tribunaux ayant le droit d’ordonner une nouvelle expertise, on ne peut leur refuser la faculté de choisir, parmi les différentes estimations qui leur sont soumises, celle qui leur paraît la plus juste et le plus raisonnable ; – que l’estimation donnée par l’expert de l’administration est la seule qui soit juste et raisonnable et qui se rapportent véritablement à la valeur vénale de l’immeuble.

C’est contre ce jugement qu’Émile Girard s’est pourvu ; – son pourvoi est fondé, dans la forme, sur ce qu’il n’a pas été donné de motifs sur le rejet des conclusions tendantes à l’annulation de l’expertise, et sur ce que le jugement se contente de dire que l’opinion du tiers expert est la seule qui soit juste et raisonnable. Le demandeur trouve que ce ne sont pas des motifs dans le sens de la loi, et que le jugement doit être cassé, pour violation de l’article 141 du Code de procédure civile, et de l’article 7 de la loi du 20 avril 1810. – Au fond, il soutient que le jugement a violé les articles 17 et 18 de la loi du 22 frimaire an VII ; – que ces articles veulent que la valeur des immeubles soit déterminée par une expertise ; que, s’il y a une tierce expertise, la valeur de l’immeuble ne peut pas être déterminée par l’avis de l’expert de la régie, mais par les deux avis les plus modérés, formant la majorité ; autrement, on prendrait pour l’évaluation un avis seul et qui serait le plus élevé, ce qui ne peut pas être.

La régie de l’enregistrement répond, sur le moyen de forme, que le demandeur n’est pas recevable à critiquer les motifs sur lesquels le jugement s’est appuyé pour rejeter ses conclusions, et sur l’insuffisance des motifs pour lesquels le jugement adopte l’avis de l’expert de la régie ; que le jugement adopte la vie de l’expert qu’il homologue et auquel il se réfère, ce qui suffit pour remplir le vœu de la loi. – Au fond, la régie répond qu’il est sans doute de règle, dans cette matière, que l’estimation soit faite par les experts, et que la majorité des opinions de ces experts fasse loi ; mais que le jugement attaqué n’a pas méconnu cette règle ; qu’il a choisi, entre les trois opinions divergentes, celle qui lui a paru la plus juste, et qu’en considérant que l’opinion du tiers expert, rectifié dans ses erreurs matérielles, arrive à résultat semblable à celui de l’expert de la régie, on doit conclure que le tribunal a suivi la majorité des experts.

Sur quoi, ouï M. le conseiller Simonneau, dans son rapport ; MMes Rigaud et Moutard-Martin, avocats des parties en leurs observations ; et M. Delangle, avocat général, en ses conclusions, et après en avoir délibéré en la chambre du conseil ;

Vu les articles 17 et 18 de la loi du 22 frimaire an VII ;

En droit, attendu que l’article 323 du Code de procédure civile, qui déclare que les juges ne sont pas astreints à suivre l’avis des experts, ne s’applique pas aux expertises en matière d’enregistrement ; – que les règles à suivre en cette matière sont tracées dans les deux articles précités, et que c’est aux experts seuls qu’est confiée la mission d’apprécier la valeur des immeubles dont il s’agit ; que la question de savoir s’il y a une plus-value doit être résolue par le résultat de l’expertise ; – que, si les deux experts nommés par les parties sont d’accord, les juges sont obligés de suivre leur avis ; – qu’en cas de partage, et après la nomination d’un tiers expert, soit qu’il ait été choisi par les deux premiers experts, soit qu’il ait été nommé par justice, c’est la vie de la majorité des experts qui doit faire la loi, puisque cet avis est le véritable résultat de l’expertise ; – que si les juges ne croient pas devoir s’arrêter à l’expertise, ils peuvent, même d’office, en ordonner une nouvelle, mais que, dans aucun cas ni sous aucun prétexte, ils ne peuvent faire par eux-mêmes l’estimation des immeubles dont il s’agit, ni adopter arbitrairement l’avis isolé d’un des experts ; – que, s’ils avaient cette faculté, l’appel d’un tiers expert, en cas de partage, serait sans objet ; – en fait, attendu que le jugement attaqué, après qu’un tiers expert a été appelé, a adopté l’estimation isolée de l’expert de l’administration et homologué son rapport, comme s’il pouvait seul constituer le résultat de l’expertise, et qu’en statuant ainsi il a violé les dispositions des articles 17 et 18 de la loi du 22 frimaire an VII ;

Sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens,

La Cour casse et annule le jugement rendu, le 27 décembre 1842, par le tribunal civil de Toulon ; remet les parties au même et semblable état ou elles étaient avant ledit jugement, les renvoie, pour être fait droit au fond, devant le tribunal civil de Draguignan.

Notes et références

Bulletin des arrêts de la Cour de cassation – Tome XLVI – Pages 372 à 374

Emile Gérard condamné aux dépens sur la valeur de Léoube – 27 décembre 1842

Emile Gérard (1802-1857)

Par acte notarié du 19 juil. 1840, le sieur Joseph Emile Gérard, négociant et propriétaire à Toulon, a acheté des frères Bremond le domaine de Léoube, au prix exprimé de 80,000 fr.

Ce prix ayant paru inférieur à la valeur vénale au jour de la vente, par comparaison avec les fonds voisins de même nature, un jugement du 6 juillet 1841 a ordonné, sur requête, que l’expertise serait faite par les sieurs Agarrat et Toucas, nommés, le premier par l’administration, le second pas le sieur Gérard.

Ces deux experts, dont chacun a exprimé son avis séparément dans le même procès-verbal, ont estimé le domaine de Léoube, savoir : le sieur Agarrat, à 169,408 francs, et le sieur Toucas à 81,380 fr.

Un tiers expert, le sieur Malet, a été régulièrement nommé. Son estimation s’est élevée à 88,040 fr.

L’administration, après avoir signalé des irrégularités de forme et critiqué les bases adoptées, a cru devoir demander qu’une nouvelle expertise fût ordonnée.

Le sieur Gérard a combattu cette demande ; il a demandé que l’estimation de son expert fût adoptée, et par suite que l’administration fût condamnée aux dépens.

Le 27 déc. 1842, le tribunal de Toulon :

Attendu qu’en admettant l’existence des irrégularités de forme signalées par l’administration dans les rapports des deux premiers experts, elles ne seraient pas de nature en entrainer la nullité ;

Attendu qu’en concluant à ce qu’aucune des expertises ne fût homologuée, l’administration s’est fondée non seulement sur des irrégularités de forme, mais encore sur les bases énoncées, adoptées par l’expert de Joseph-Emile Gérard et le tiers expert dans l’estimation du domaine de Léoube ; que, par suite, le tribunal se trouve appelé à examiner ces rapports au fond, à apprécier les bases d’estimation adoptées par chacun des experts, et à rechercher si parmi ces rapports il en est qui soient à l’abri de toute critique et lui présentent des garanties suffisantes pour mériter son homologation ;

Attendu que, si les tribunaux ont la faculté d’ordonner une nouvelle expertise pour éclairer les religion lorsque l’estimation des premiers experts leur parait défectueuse, on ne saurait leur refuser la faculté de choisir, parmi les différentes estimations qui leur sont soumises, celle qui leur parait la plus juste et la plus raisonnable, surtout lorsque celle-ci présente des éléments vrais et complet d’appréciation ; que cette manière de procéder a été sanctionnée le 26 avril 1841 (art. 12,757 de ce journal) par la Cour de cassation dans une espèce où, comme dans la cause actuelle, le tribunal civil d’Arras, ayant à statuer sur la demande de l’administration tendant à une nouvelle expertise, a successivement apprécié les bases adoptées par chacun des trois experts et adopté l’estimation de l’un d’eux ;

Attendu que, quels que soient le prix et les accessoires du prix réellement et sincèrement payés, les tribunaux doivent seulement rechercher quelle est la véritable valeur vénale es immeubles soumis à l’expertise ;

Attendu que, dans l’espèce ; l’estimation donnée par l’expert de l’administration est la seule qui soit juste et raisonnable et qui se rapporte véritablement à la valeur vénale du domaine de Léoube ;

Attendu qu’aux termes de l’art. 18 de la loi du 22 frim. an 7, les frais de l’expertise doivent être à la charge de l’acquéreur lorsque l’estimation excède d’un huitième le prix énoncé au contrat ;

Sans s’arrêter aux fins en nullité de l’administration de l’enregistrement et des domaines, homologue le rapport d’estimation du domaine de Léoube fait par Laurent-Augustin Agarrat, ancien notaire de Lagarde ; condamne Joseph-Emile Gérard aux dépens, taxés à la somme de 947 francs 76 c.

Notes et références

Journal de l’enregistrement et des domaines, par une Société d’Employés supérieurs de l’Administration – Du 21 mars 1843 – pages 163 et 164

Emile Gérard fonde les salins des Pesquiers à Hyères

Création des salins des Pesquiers à Hyères

Salins des Pesquiers

En 1847, Émile Gérard achète aux enchères pour 250 000 francs l’étang des Pesquiers sous le nom de « Domaine des pêcheries d’Hyères ayant boudigues, étang, terres, bâtiments, marécages, pacages, pins, jardins »1.

Le 9 mars 1848, Émile Gérard et M. Chapon, négociant à Marseille, fondent la « Société des salins et pêcheries d’Hyères ». Aussitôt, la partie nord de l’étang est transformée en salins et produit dès 1949 une première récolte de 545 tonnes de sel.

Le 15 mars 1851, le capital de la société est réorganisé uniquement entre les membres de la famille Gérard (Gérard, Marcotte, Vincent, Brest, Fabry…).

Développement de la société

Les salins des Pesquiers se développent rapidement, malgré quelques revers comme les intempéries de l’hiver 1853 où la mer envahit les salins et fait fondre la majeure partie des stocks de sel.

La société achète :

  • le 8 mars 1920, l’Ile des Embiers sur laquelle se trouvait un petit salin ; l’île sera revendue en 1958 à Paul Ricard.
  • en 1927, le domaine de Saint Hilaire, 1 600 hectares près de Saint Maximin, que la société remet en état,
  • en 1941, le domaine de la Gordonne.

La « Société des salins et pêcheries d’Hyères » devient l’un des principaux agriculteurs du Var.

Dirigeants successifs

Émile Gérard
  • 1848-1957 : Émile Gérard (1802-1857),
  • 1857-1907 : Charles Gérard (1829-1907)
  • 1907-1907 : Louis Gérard (1844-1907)
  • 1907-1919 : Pierre Gérard (1882-1964)
  • 1919-1928 : Émile Gérard (1887-1936)
  • 1928-1964 : Pierre Gérard (1882-1964)
  • 1964-1967 : Louis Gérard

Déclin

En 1967, la compagnie des salins du midi acquiert la totalité du capital de la société des salins des Pesquiers.

Après plusieurs années de déclin, les salins des Pesquiers sont fermés en 1995.

Notes et références

Bibliographie

Société des salins et pêcheries d’Hyères – Gérard & Cie – 1848-1948

Frédérick Lantelme, Trois familles provençales – Vincent – Gérard – Benet, 1988

A la découverte des salins d’Hyères, Toulon Provence Méditerranée

Références

  1. Chantal Aubry, Les salins d’Hyères, Actes Sud

Brochure pour la vente aux enchères de Léoube en 1921

Cette brochure comporte des erreurs comme une interversion des légendes des photos. Pour notre famille, en page 6, J.D. Gérard étant décédé le 21 septembre 1930, c’est son fils Émile Gérard qui a acheté Léoube en 1840.

A noter que la valeur de la propriété était diminuée en raison des incendies de 1918 et 1919.

Léoube a été adjugé 1 501 000 francs à Monsieur L. Aubert. Henri Vincent rapporte que d’après M° Palenc, notaire à Hyères, M. Aubert a reconnu avoir eu la propriété à bon compte : il était persuadé qu’il ne l’aurait pas à moins 1 800 000 francs.

La brochure a été réalisée par Pierre et Émile Gérard, Albert Dor et Henri Jombert.

Jean-Joseph-Louis Chancel (1779-1837)

Jean Joseph Louis Chancel nait le 18 décembre 1779 à Briançon1. Il est le deuxième de quatorze enfants. Son père, Jean Louis Chancel est maître chirurgien à Briançon.

Formation

Jean-Joseph-Louis Chancel

Formé par son père, JJL Chancel est agrégé par les médecins et pharmaciens de Briançon à l’âge de quinze ans :

« Nous, Maire et Adjoints de la commune de Briançon, arrondissement du même nom, département des Hautes-Alpes, certifions et attestons à tous qu’il appartiendra que la citoyen Jean-Joseph-Louis Chancel, fils à Jean-Louis Maître pharmacien, a subi plusieurs examens tant sur la pharmacie que sur la chimie depuis le douze prairial an trois, jusques au premier vendémiaire an quatre, en présence des membres qui composaient pour lors la municipalité, en encore des citoyens François Ferrus et Jean Turin, Docteurs, médecins de l’hôpital militaires de cette place, examinés par les citoyens Jacques Sylvestre, Antoine Faure, Jean Turin et Ferrus, tous pharmaciens de cette commune, lequel ayant été trouvé capable par les susdits médecins et pharmaciens examinateurs l’agrégèrent, et la susdite municipalité l’autorisa de travailler de pharmacien chimiste, lequel a dû depuis remplir les devoirs de son état à la satisfaction du public, en foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui servir et valoir à ce que de raison, que nous avons signé et fait contresigner par le Secrétaire de la Mairie, qui y a posé le sceau d’ycelle.
Fait à Briançon, le deux pluviose an dix de la République Française,
Signé Antoine Ovet, Adj, Charbonnel-Salle, Adj,
Vu pour la légalisation, Briançon, le 13 ventose an dix de la République Française,
Le sous-Préfet, Signé Chaix.
 »

Ensuite Jean Joseph Louis Chancel va poursuivre ses études à Paris et obtient six certificats :

  1. Cours de chimie générale professé au Muséum par le célèbre Fourcroy en l’an VI,
  2. Cours de chimie professé à l’école gratuite de pharmacie par Bouillon-Lagrange en l’an VI,
  3. Cours de zoologie des animaux à sang rouge professé par Lacépède en l’an VII,
  4. Cours de chimie et de pharmacie à l’école gratuite de pharmacie par Bouillon-Lagrange en l’an XI,
  5. Cour de botanique au Muséum par le Desfontaines en l’an XI,
  6. Cour de chimie générale au Muséum par Fourcroy en l’an XI.

JJL Chancel suit aussi les cours du célèbre chimiste Thénard :

« Je soussigné, Professeur du collège royal de France, membre de l’Institut, certifie que M. Chancel (Jean-Joseph-Louis) a suivi avec une grande assiduité les cours de chimie que j’ai faits au dit Collège depuis 1804 jusqu’en 1806, c’est à dire pendant trois ans ; que pendant tout cet espace de temps, il a travaillé dans mon laboratoire, et qu’il a acquis des connaissances étendues et assez précises pour pouvoir en faire de justes et utiles applications aux arts.
Paris, le 3 mai 1817
Thénard »

Simultanément, il travaille comme élève en pharmacie chez Lebon et Mithouart à partir de germinal an VII (mars-avril 1799), chez Seguin pour sept mois…

Invention des allumettes oxygénées

JJL Chancel assiste à une expérience de Thénard, une répétition des expériences de Fourcroy, Vauquelin et Robert. Thénard verse une goutte d’acide sulfurique sur un mélange de chlorate et de soude, d’où inflammation.

JJL Chancel a alors l’idée de tremper un bout de bois dans un mélange de souffre, chlorate et lycopode, puis de le frotter avec un petit pinceau d’amiante imbibé d’acide sulfurique concentré. Il en parle à Thénard qui l’encourage. JJL Chancel réalise son idée : l’allumette est née2.

Dans son numéro du 12 octobre 1805, le Journal de l’Empire annonce l’invention du briquet oxygéné, ou allumette oxygénée, par JJL Chancel. Il s’agit d’un bout de bois imbibé d’un mélange de souffre et de chlorate de potassium qu’il faut plonger dans une fiole pleine d’acide sulfurique pour que la réaction chimique enflamme l’allumette.

Fin 1805 et début 1806, les briquets oxygénés de JJL Chancel sont en vente au prix de 2 francs, 3 francs et 3 francs 50 centimes chez M. Boisseau, marchand-mercier-parfumeur, 40 rue Neuve des Petits Champs et M. Niodot, marchand-papetier, 25 rue de Thionville3.

Le 20 juin 1806, JJL Chancel vend l’exploitation des briquets oxygénés à M. Primavesi.

« Contrat

Entre sieur Jean Joseph Louis Chancel et le sieur Charles Joseph Primavesi.

1° Le sieur Chancel cède au sieur Primavesi ses Briquets au nombre de quarante, la recette pour les préparer, l’abandon de ses dépôts, ses correspondants, en un mot, son fonds de Briquets, ainsi que le droit de se servir su titre de son successeur, moyennant la somme de cinq cents francs que le sieur Primavesi a payé comptant et que le sieur Chancel reconnait avoir reçue.

2° Le sieur Chancel promet de ne communiquer à personne la manière de préparer ces briquets et lui même de ne plus en fabriquer aucun pour en faire un objet de livre et de commerce, sous peine de tous dommages-intérêts envers le sieur Primavesi.

3° Le sieur Primavesi accepte cette cession et vente de fonds en bonne forme et déclare que les briquets qui se trouvent dans les deux dépôts à Paris font partie de son acquisition à compter de ce jour, réservant au sieur Chancel le droit de se faire payer le montant de la vente antérieure, ainsi qu’au dépôt de Boulogne.

4° Les deux parties contractantes ratifient et signent le présent acte, de bonne foi et l’ont échangé entre eux.
Fait double à Paris le vingt juin mil huit cent  six.

Charles Joseph Primavesi

J.J.L. Chancel chimiste inventeur des briquets oxygénés

Préparation industrielle du borate de soude

Le borax, ou borate de soude, est utilisé comme antiseptique en pharmacie ; il favorise la fusions des minerais, le vernissage du verre, la fabrication de l’émail, la conservation des aliments, le blanchiment du linge…

En 1814, JJL Chancel va à Livourne au mariage de son cousin germain François Prat, fils d’un autre François Prat originaire de Val des Près et de Marie-Anne Chancel. François Prat épouse Emilie Marguerite Chemin.

A cette occasion, il a connaissance des « Lagoni du Volterrano », lacs toscans qui laissent échapper dans la nature des vapeurs d’acide borique.

JJL Chancel propose de remplacer le borate de soude naturel importé à haut prix des Indes par du borate de soude artificiel obtenu en saturant l’acide borique des lacs de Toscane par la soude des usines française. Il est écrit au ministre de l’intérieur pour demander un droit de douane intéressant.

A son excellence le ministre de l’intérieur

Excellence

Le borax produit naturel qui nous vient de l ‘Inde coute à la France de fortes sommes, il y aurait une grande économie d’introduire dans le commerce l’acide borique, principe constituant de ce sel, que fournissent l’eau de certains lac étrangers à notre sol par leur évaporation […]. Cet acide combiné avec la soude de nos fabriques constituerait le vrai borax du commerce qui pourrait se livrer aux consommateurs à un prix plus modéré que celui qui nous vient de si loin. Mais pour que notre commerce puisse y trouver cet avantage, il est de rigueur que l’administration de la douane soit autorisée d’en favoriser l’importation sous les plus faibles droits possibles. Ce produit naturel qui n’a pas subi plus de préparation que le borax ancien, dont l’entrée est permise, n’est pas tarifé. C’est pourquoi je viens supplier votre excellence d’en faire fixer les droits par assimilation au borax brut, vous offrant si besoin est de présenter à la chambre constitutive un échantillon de cette nouvelle substance naturelle et d’y donner de plus amples renseignements pour prouver tout l’avantage qu’en retirera le commerce français si on a égard à ma demande, ce qu’attendant de votre bonté. J’ai l’honneur

12 avril 1817

Il obtient une dérogation, attend l’accord définitif et apprend d’un de ses frères installé à Marseille que des barriques d’acide borique ont été débarquées à Marseille : Par suite d’une indiscrétion, François Larderel l’a devancé en louant les lacs pour son propre compte. François Larderel fera fortune et sera anobli !

JJL Chancel soupçonnera son protecteur Thénard d’être à l’origine de la fuite.

En 1933, il demande une indemnité pour avoir été le premier à avoir eu l’idée de fabriquer du borax en France. Le ministre de l’intérieur, Adolphe Thiers, refuse cette demande.

A noter que François Prat, via la société où il est associé à sa belle-mère « Vedova Chemin e Prat », sera en 1818 locataire des lacs et un temps associé à François  Larderel4.

Activités professionnelles

En complément de son activité de pharmacien à Briançon, JJL Chancel devint un chimiste distingué et publia des articles remarqués dans le monde scientifique, en particulier sur les eaux de Font-Chaude et de la Rotonde au Monétier5, sur un empoisonnement des bestiaux par le pain d’amandes du prunier des Alpes et sur son contre-poison6, sur l’huile amygdaline du prunier des Alpes7

Famille

Le 26 septembre 1808, il épouse à Gènes Marie Catherine Brian, dite Marina Brian. La famille Brian est originaire de Val des Pré et installée à Gènes8. A noter que sa mère, Elisabeth Clavier, originaire de Val des Près, refuse de donner son consentement à ce mariage9.

Ils ont douze enfants :

  1. Marie Clara Léoladie Chancel (1810-1824),
  2. Clodomire Chancel (1811-1871),
  3. Paul Chancel (1817-1881),
  4. Lucien Edouard Chancel (1819-1822),
  5. Evariste Alphonse Honoré Chancel (1820-1882),
  6. Félicie Ernestine Chancel (1821-1879),
  7. Théophile Augustin Chancel (1822-1824),
  8. Aline Agathe Chancel (1824-1824),
  9. Marius Chancel (1827-1880),
  10. Germaine Chancel (1831-1831),
  11. Léontine Chancel (1831-1832),
  12. Nathalie Chancel (1834-1887).

Jean-Joseph-Louis Chancel meurt à son domicile, probablement de la grippe, le 18 février 183710.

Notes et références

Bibliographie

Références

Eugène de Lubac (1805-1879)

« Eugène » Sébastien Pompone Fortuné Gérard de Lubac (1805-1879)

Eugène Sébastien Pomponne Fortuné GERARD de LUBAC nait le 20 janvier 1805 à Entrecasteaux.

Il entre à Saint-Cyr le 25 novembre 1824 et, après avoir redoublé la première année, en sort le 2 octobre 1827. Il est alors nommé sous-lieutenant au 4ème Régiment d’Infanterie de Ligne au Havre. Il se trouve en garnison ensuite à Caen, Pont-Saint-Esprit, Montpellier, Perpignan, Aix et à Blois au 38ème Régiment d’ Infanterie de Ligne, il est alors lieutenant. Il démissionne en 1834, « Des affaires de famille nécessitant dorénavant ma présence chez moi ».

Il est maire de Viens de 1846 à 1857, pendant que son frère aîné est maire d’Entrecasteaux.

Le 25 avril 1853, il épouse à Logues Louise d’Agnel de Bourbon d’Acigné. Il a 48 ans et Louise 20 ans. Ils ont quatre enfants :

  1. Fernand né le 17 avril 1854 à Apt,
  2. Gabrielle née le 15 mai 1856 à Apt,
  3. Pauline née le 22 août 1859,
  4. Pulchèrie née la 2 novembre 1864 à Marseille.

Il meurt à 73 ans, le 9 janvier 1879 à Entrecasteaux.

La famille de LUBAC possède d’importantes propriétés à Viens, au quartier Saint-Paul, vendues à une date non connue, et à Entrecasteaux.

Sources

  • Généalogie de Charles de Raphélis-Soissan
  • Photo : Collection Louis de Raphélis-Soissan

Testament d’Adolphe Caire – 20 novembre 1916

Adolphe Caire
Collection Bernard Caire

En écrivant ici mes dernières volontés je recommande à mes enfants de vivre toujours en bonne intelligence et de toujours penser que mon dernier chagrin en mourant serait qu’il y eut du désaccord entre eux.

Je prie Dieu de m’éclairer dans mes dernières dispositions et je prie mes enfants de croire que les aimants tous les trois d’une égale et immense affection elles n’ont d’autre but que de réparer autant que possible l’inégalité qui s’est produite dans le partage entre mes enfants de la fortune de leur mère1 et de couvrir une partie des pertes qu’a faites Henri dans sa malheureuse affaire2.

Je recommande particulièrement Henri d’user de toute son influence pour soutenir l’union dans la famille.

Faites-moi des funérailles simples, ni fleurs ni couronnes. Si vous désirez un piqué de soldats devant la porte, mon brevet de la Légion d’honneur est dans le grand tiroir de droite de mon bureau, ainsi que le titre de concession du tombeau, si vous voulez le poêle3 du Tribunal de commerce, il faudra aviser le tribunal de ma mort.

Je laisse avant tout partage une somme de soixante mille francs à Henri et également une somme de 60 soixante mille francs à Amélie.

Je laisse également à Henri le mobilier du rez-de-chaussée de la maison. Le restant du mobilier sera partagé entre mes filles. Le linge et l’argenterie seront partagés entre mes trois enfants.

Je lègue à Jeanne Jauget une somme de cinq cents francs en reconnaissance de ses longs services et du dévouement qu’elle m’a toujours témoigné.

Je prie mes enfants de distribuer aux domestiques qui seront dans la maison au moment de ma mort une gratification qui pourra aller de cent à cinq cents francs d’après leur ancienneté dans la maison et le dévouement qu’elles m’auront témoigné.

Je recommande encore une fois à Marguerite de ne voir dans ces dispositions qu’un désir de justice et la réparation d’un malheur.

Je recommande d’attendre au moins six mois après la fin de la guerre pour procéder au partage car il y aura forcément une période d’inégalité dans le classement des valeurs qui composent mon portefeuille.

Fait à Marseille sain de corps et d’esprit le 20 novembre 1916.

Signé : A. Caire.

Notes et références

Références

Testament d'Adolphe Caire

Notes

  1. Cécile Pascalis
  2. Sur le conseil de son père, Henri avait investi un capital important dans la savonnerie de son beau-frère Eugène Rouard, savonnerie fondée par son beau-père Louis Xavier Rouard. Henri Caire a perdu la totalité de cet investissement.
  3. Drap mortuaire

Louis Laurent Caire raconte son mariage à sa sœur Honorine – 29 février 1832

Aix, 29 février 1832

Ma chère Honorine.

Notre mariage est à la fin terminé et précisément comme nous l’avions projeté nous eûmes le plaisir de recevoir les dames Abeille le dimanche. Elles vinrent à temps pour le dîner de 6 à 9 heures que Mme Pascalis leur avait préparé et dans la soirée l’on fit une loterie de jolis petits objets qui peuvent rappeler la circonstance et qui égaya beaucoup la société.

Le lundi la signature du contrat amena bien des pleurs et les vers que je te joins ne purent être chantés parce qu’ils attendrissaient trop les personnes qui voulaient l’entreprendre. Tu verras qu’à la requête des dames Abeille, M. Pascalis ne t’a pas oubliée au second couplet et tout le couplet a été fait à ton intention. Dis-moi comment on les trouve à Toulon ?

Après le dîner de noces qui était fort bon et qui se passa très gaiement, nous fûmes à la Commune y est passé le contrat civil et puis un bal bien animé employa à notre soirée. Je retrouvais des forces pour danser et il y avait nombre d’années que je n’en avais fait autant. Une très jolie collation est un thé punch a terminé la séance. Nous partîmes enfin pour l’église à 2 heures du matin et après une cérémonie bien touchante et solennelle nous vînmes enfin nous couchés à 4 heures du matin. Si je me félicitais de mon mariage avant, il est inutile de te dire que je m’en félicite encore plus après et que je ne doute plus de l’harmonie et de la douce union qui va munir à Cécile.

Mme Perrin était toute orgueilleuse au bal de Cécile et elle me faisait remarquer que sur 30 dames, dont beaucoup de jolies, ma femme brillait le plus. Toutes les dames Abeille m’ont apporté tes compliments et nous avons beaucoup regretté la famille Pascalis  et moi que tu n’es combiné ton voyage à Marseille quelques jours plus tard, pour venir passer le dimanche et lundi avec nous ici.

Je ne puis terminer cette lettre sans t’exprimer combien je suis reconnaissant envers toute la famille Pascalis, pour l’accueil amical qu’on me fait ici. Nous sommes tous liés de la plus tendre amitié et je suis déjà regardé comme un des anciens de la famille. Je ne doute pas que tous ces détails ne plaisent à ton bon mari et dis-lui mille choses de ma part et de la part de Cécile. Je lui cède la plume pour qu’elle commence à faire ta connaissance par correspondance en attendant le plaisir de la faire personnellement.

Je vous embrasse tous deux de bien bon cœur.

Louis Laurent Caire


Cécile Pascalis

Je ne veux pas laisser partir la lettre de mon mari sans vous témoigner tout le plaisir que m’a fait éprouver votre lettre que Caire m’a communiquée. Je suis heureuse d’entrer dans une famille où l’on me reçoit avec tant d’indulgence. Veuillez bien ne pas croire à lettre tout ce qu’on vous a dit de flatteur pour moi. Je serais si fâchée de vous voir désappointée mais je ferai mon étude de vous être agréable.

Je vous remercie beaucoup d’avoir pensé à moi en me faisant cadeau d’une belle pendule. Ce souvenir me sera bien précieux surtout lorsque j’aurais l’avantage de vous connaître. Ce désir est encore augmenté par le portrait que les dames Abeille m’ont fait de votre excessive bonté. Je tacherai de m’en rendre digne et de mériter votre affection.

Mes hommages respectueux à M. Mille.

Notes et références