Maisons de commerce « Dessalle, Caire & Cie » et « Joseph Fournier & Cie »

Les soussignés Joseph Fournier, Florent Dessalle et Louis Laurent Caire, pénétrés de la nécessité de changer leur précédent contrat de société du 30 Xbre 1818, et d’en faire un nouveau sur des bases dont les dispositions puissent concorder et soyent en harmonie avec les règlements et lois de commerce en vigueur dans les Etats où il doit recevoir son exécution. Sont convenus, et demeurés d’accord de ce qui suit.

Article 1er. Les susnommés déclarent renouveler leur association pour les établissements de commerce déjà existant à Livourne et Trieste et connus dans ces deux villes sous la raison de J Fournier, Dessalle, Caire, et dont les opérations ont consisté et consisteront en achats et ventes de marchandises, opérations de banque, et de commerce en consignations, commissions et autres affaires commerciales.

Article 2ème. La durée de cette nouvelle société sera de trois années consécutives qui commenceront le 1er janvier 1821 et finiront le 31 Xbre 1823. La raison de commerce de l’établissement de Trieste sera Dessalle, Caire & Cie. M. Dessalle sera le seul gérant dudit établissement, et en aura seule la signature, et la libre disposition des fonds. La maison de commerce de l’établissement de Livourne sera Joseph Fournier & Cie. M. Fournier en aura la gestion et la direction. Il en aura la signature conjointement avec M. Caire.

Article 3ème. Le fonds capital de la maison de Trieste sera de florins quatre-vingt-treize mille sept cent cinquante f 93750 courants d’Auguste, et sera versé en entier par M. Florent Dessalle.

Celui de la maison de Livourne sera de piastres cinquante mille de 8/réaux en argent et le versement sera fait comme suit :

Piastres 36000 par MM. Joseph Fournier et L. L. Caire

Piastres 14000 par M. Florent Dessalle

Ce dernier ne sera que simple commanditaire dans la maison de Livourne, et ne pourra dans aucun cas être responsable au-delà de sa susdite mise de fonds d’où il suit que les deux établissements de Livourne et de Trieste seront indépendants l’un de l’autre, et que dans aucun cas la libre disposition des fonds que la maison de Trieste peut avoir actuellement et pourra avoir par la suite en compte courant dans la maison de Livourne ne pourra être contestée et refusée à M. Dessalle en raison de sa qualité de commanditaire.

Article 4. Attendu que les mises de fonds capitaux ne sont pas versées par égales portions par chaque associé, il demeure convenu qu’il sera prélevé chaque année sur les bénéfices l’intérêt de chaque versement à raison de six pour cent l’an. Cet intérêt se rapportait au débit des profits et pertes, et au crédit du compte de chaque associé en ce qui les concerne.

Article 5. Les appointements des commis, frais de bureaux, loyer de magasins et comptoirs tant à Livourne qu’à Trieste, et généralement tous les frais de commerce seront à la charge de la société, et porté au compte des profits et pertes.

Il sera tenu dans les deux établissements, en bonne et due forme, des registres, journaux et grands livre en partie double, et autres livres auxiliaires dans lesquelles il sera passé écriture de toutes les affaires de la société, et il sera fait chaque année à l’époque du 1er janvier un bilan, balance des livres, et un inventaire général dont les associés se fourniront réciproquement copie certifié.

Article 6ème. La répartition des profits et pertes constatés par le résultat de ce bilan annuel se fera de la manière suivante. Savoir 50  pour cent, soit la moitié des bénéfices nets desdits deux établissements, sera dévolu et appartiendra à M. Dessalle l’un des associés, les autres 50  pour, soit l’autre moitié, sera attribuée et répartie entre Messieurs Fournier et Caire d’après les conventions particulières établies entre eux. En cas de pertes par la maison de Livourne, elles seront supportées par les dits sieurs Fournier et Caire en proportion et à prorata de leur mise de fonds dans le dit établissement et par le dit Florent Dessalle aussi à prorata du fonds capital qu’il a versé dans ladite maison en qualité de commanditaire. En cas de perte par l’établissement de Trieste, quoique le fonds capital en ait été versé en entier par M. Florent Dessalle, il demeure cependant convenu que Messieurs Fournier et Caire les supporteront dans la même proportion que M. Dessalle se trouve exposé dans celle de la maison de Livourne, c’est-à-dire dans celle des piastres 14 000 à 50 000 piastres. Aucun des associés ne pourra demeurer débiteur par compte courant d’aucune somme excédant les articles qui s’y trouveront à son crédit et si cela échéait, il sera tenu de rembourser sans délai l’excédent à la société.

Article 7. Si par événement les pertes de l’un des deux établissements s’élevaient de manière à absorber la moitié du fonds capital de l’un d’eux, il demeure convenu que cette circonstance entraînera la dissolution de la société, et que les deux maisons ne devront plus occuper que de leur liquidation. Il en sera de même dans le cas de mort de l’un des associés que D. G.

Article 8ème. Il est entendu que les intérêts pour les fonds en compte courant seront réciproquement réglés à 6 % l’an entre les associés, et qu’ils en auront la libre disposition sans frais de commission.

Article 9. Il est interdit aux deux établissements de courir des risques maritimes, les assurances devront toujours en être souscrites, sauf un risque de deux mille florins, ou leur valeur qui leur est libre de courir.

Article 10. Messieurs Fournier Caire devront approuver, ou improuver le bilan de la maison de Trieste dans l’espace de trois mois à dater du jour où la copie leur en aura été remise. Passé ledit terme leur silence tiendra lieu d’approbation. M. Dessalle sera tenu dans le même délai après la réception de la copie de celui de l’établissement de Livourne de l’approuver ou l’improuver. Pour s’assurer de l’exactitude des comptes, les dits trois associés auront respectivement le droit pendant les trois dits mois de prendre connaissance des registres, livres et papiers de la société, mais sans pouvoir les déplacer.

Article 11. Messieurs Fournier et Caire reconnaissent que M. Dessalle a depuis longtemps versé dans la maison de Livourne la somme de piastres quatorze mille montant de sa mise sociale dans le dit établissement comme commanditaire, et qu’il a également versé la mise de fonds qui concerne l’établissement de Trieste.

Article 12. Les liquidations des affaires de la société à l’époque de sa dissolution se fera. Savoir. Pour la maison de Trieste par M. Dessalle, et pour celle de Livourne par M. Fournier. Les fonds libres au 31 Xbre 1823 et les premières rentrées seront affectées au remboursement des mises de fonds qui devra commencer dès la susdite époque et continuer à mesure que la liquidation avancera et suivant l’état de situation que chacun des susdits Messieurs Fournier et Dessalle s’engagent de remettre de quatre en quatre mois. Une fois la mise de fonds remboursée, l’on suivra la même marche pour la répartition et le remboursement des bénéfices que présentera le compte des pertes et profits de chaque établissement et les répartitions se feront tant en capital qu’en bénéfices dans la proportion de ce qui concernent chaque associé et de la manière déjà indiquée par le présent contrat.

Il est convenu en outre que la liquidation devra être terminée dans tout ce courant de l’année 1824 sauf à s’entendre sur la répartition qui pourra se faire des objets qui resteront en suspens s’il y en avait encore au 31 Xbre 1824.

S’il s’élevait quelques difficultés entre les associés pour tout ce qui a rapport à la présente société, les soussignés s’engagent de choisir des arbitres pour les mettre d’accord ; il en sera nommé de, savoir l’un par M. Florent Dessalle et l’autre par Messieurs Fournier et Caire conjointement ; ces deux arbitres auront pouvoir, en cas de partage d’avis, de se choisir un tiers arbitre pour les départager. Les parti s’engagent et se soumettent à exécuter la décision comme jugement en dernier ressort et sans pouvoir en appeler.

Article 13ème. Le contrat de société souscrit par les soussignés le 30 Xbre 1818 demeure nul et comme non avenu à partir du 1er janvier de la présente année sauf son exécution pour toutes les opérations antérieures à cette dernière époque.

Pouvoir et donner aux associés de faire approuver, enregistrer et publier le présent écrit portant partout où besoin sera.

Fait triple entre les parties sous leur signature privée, savoir par M. Fournier à Livourne le 8 janvier 1821 et par Messieurs Dessalle et Caire à Trieste le 2 janvier même année.

Déplacements de Louis Laurent Caire en 1823

D’après les courriers qu’il a reçus et la copie des courriers qu’il a envoyés, voici les villes où Louis Laurent Caire est allé pour ses affaires en 1823 :

  • du29/12/1822 au 14/01/1823 : Guernesey
  • du 22/01/1823 au 24/02/1823 : Jersey
  • du 01/03/2823 au 20/03/1823 : Guernesey
  • le 21/03/1823 : Londres
  • du 22/03/1823 au 28/04/1823 : Guernesey
  • le 30/04/1823 : Jersey
  • le 30/04§1823 : Guernesey
  • du 09/05/1823 au 14/05/1823 : Liverpool
  • le 14/05/1823 : Londres
  • du 18/05/1823 au 19/05/1823 : Liverpool
  • du 02/06/1823 au 19/06/1823 : Manchester
  • du 25/06/1823 au 27/06/1823 : Londres
  • le 05/07/1823 : Le Havre
  • du 14/07/1823 au 05/08/1823 : Paris
  • du 21/08/1823 au 01/09/1823 : Guernesey
  • du 06/09/1823 au 24/09/1823 : Jersey
  • du 29/09/2823 au 08/12/1823 : Guernesey

A noter que cette année là, il ne va ni à Trieste voir son associé, Florent Dessalle, ni à Gemenos ou Livourne voir ses sœurs.

Charles Marcotte de Quivières (1808-1875)

Famille

Charles Marcotte de Quivières

Charles Marcotte de Quivières nait le 28 février 1808 à Nantes. Il est le troisième enfant de Philippe Marcotte de Quivières et de Nathalie Bochet.

Le 10 septembre 1838, il épouse à Boulogne-sur-Mer Caroline Louise Augustine Adam.

Ils ont trois enfants :

  1. Marie-Georges, née le 19 août 1839 à Boulogne-sur-Mer,
  2. Georges Marie Albert, né le 16 septembre 1841 à Boulogne-sur-Mer,
  3. Lucy Marie Thérèse, née le 26 juin 1843 à Boulogne-sur-Mer.

Charles Marcotte de Quivières meurt le 23 septembre 1875 à Condette.

Carrière aux Monnaies et Médailles

Charles Marcotte de Quivières est nommé à vingt ans, surnuméraire des douanes. En 1832, il est inspecteur des Finances adjoint puis au 1er septembre 1846 inspecteur de 1ère classe.

Le 28 avril, il est appelé à la tête de la Monnaie en qualité de commissaire général. Écarté par la Commune, il trouve refuge à Bordeaux, tandis que le militant socialiste Zéphirin Camélinat (1840-1932), l’un des fondateurs de l’internationale, assure la direction de la Monnaie. Avec le Gouvernement Thiers, Marcotte poursuit sa carrière et est nommé le 25 janvier 1871 premier directeur « administratif » des Monnaies et Médailles (nom de la Monnaie de Paris à l’époque)  et achève sa carrière administrative à la Monnaie de Paris le 23 avril 1875.

La première pierre du bâtiment actuel quai de Conti est posée le 30 avril 1771 et la Monnaie de Paris est officiellement installée quai de Conti le 20 décembre 1775.

Il fait partie des personnalités éminentes au 19ème siècle logées à la Monnaie le temps de ses fonctions.

L’auteur

Haut fonctionnaire et homme de lettres, il effectue en 1844 et 1845 une mission d’information en Algérie sur laquelle il laisse un livre de souvenirs, Deux ans en Afrique1.

Notes et références

Sources

L’institut et la Monnaie : Deux palais sur un quai, Imprimerie Alençonnaise, 1990, pages 237 et 238

Références

Location du Bois de Silvy et du mas Arduin à Entressen – 11 février 1924

Entre mesdames Cécile Boyer et Marie Chancel d’une part et M. Pierre Massot d’autre part, il est convenu ce qui suit.

L’hoirie veuve Louis Massot donne en location à M. Pierre Massot les domaines du mas Arduin et du Bois de Silvy, à Entressen, Bouches du Rhône, pour une période de vingt années à partir de Saint Michel 1924, à raison de quatre mille cinq cents francs par an se décomptant ainsi qu’il suit : trois mille francs pour le Bois de Silvy et mille cinq cents francs pour le mas Arduin.

L’hoirie veuve Louis Massot aura à sa charge les impôts fonciers, par contre la personnelle mobilière, portes et fenêtres etc… seront à la charge de Monsieur Massot. Les redevances pour les eaux du canal des Alpines seront à la charge de l’hoirie.

Les travaux déjà effectués et payés par M. Massot, ceux qu’il entreprendrait par la suite et à payer par lui seront faits au bénéfice de l’hoirie.

Dans le cas où le bail passé par M. Massot au fermier sous locataire du Bois de Silvy à partir de St Michel 1924 et à terme le 29 septembre 1927, au prix de trois mille francs, serait à son expiration majoré ou diminué, le prix forfaitaire de 4500 francs serait à partir de la même époque augmenté ou diminué dans la même proportion.

Monsieur Massot ou ses ayant droit auront la faculté de résilier le présent bail en prévenant ses copropriétaires six mois à l’avance. Dans ce cas, le bail du Bois de Silvy serait transféré purement et simplement à l’hoirie.

Fait à Marseille le onze février 1924.

Notes et références

Location du mas Arduin et du Bois de Silvy

Lettre à Emile Gérard, des Salins des Peschiers le 20 juin 1856

Salins des Peschiers le 20 juin 1856

Monsieur

Émile Gérard (1802-1857)

Nous avons reçu hier 19 Ct six cens francs pour solder le compte des charretiers ayant transporté le sel de l’Almanarre. Parmi eux , nous avons pris note de ceux qui ont déjà touché de l’argent, tel que le nommé Ardouin auquel nous avons soldé tout compte intégralement et le nommé Blanc Victor auquel vous avez donné vous-même cent francs.

Comme Arnaud Richard a acheté les […] nous ne lui donnerons rien puisqu’il est en compte courant avec vous.

Le Capne Mancartetty dont vous nous parliez est arrivé pour prendre 70 mille que nous lui donnerons demain samedi… Il manque ce matin 100tne au Cne Thim. Nous allons faire notre possible pour les embarquer aujourd’hui.

Ce Mancartetty n’est pas le même que celui qui est parti l’autre jour. C’est son cousin. C’est celui que nous avons chargé en février pour l’Ile-Rousse… son navire est la Belle-Balagne.

Nous vous envoyons le compte des charretiers avec une annotation sur la livraison de ces sels. Thim à reçu environ 40tne de sels destinés à Roberts et que le Cne ne pût prendre. L’emploi que nous indiquons est à très peu de chose près exact… la seule différence consiste en ce que Roberts pourrait en voir reçu un peu moins et par conséquent Thim un peu plus. Mais cette différence ne dépasse pas 10 mille…

La tare de 50.000 kil que nous indiquons pour les sacs est approximative aussi vu que nous avons des sacs tellement rapiécés qu’ils pèsent trois et quatre kilo. surtout par les temps humides qui ont régné depuis longtemps.

Quelle fatalité : voilà la pluie qui commence ; il est huit heures du matin ; le soleil si beau à cinq heures et maintenant avoir de l’eau. Nous n’en finirons jamais.Dieu me pardonne !! Nous ferons prendre demain matin chez Cadière l’argent destiné aux besoins de la huitaine.

Lorsque nous aurons 150000 k sel de Capital, nous arrêterons les transports selon vos ordres.

Nous avons reçu hier 24 g.x (petitfroids) fourrage dit Luzerne de M… au prix de 3,50 le petit quintal. Total de 84 au lieu de 95 comme il l’indiquait sur son bill.

Nous avons indiqué sur l’état que nous vous remettons le nombre de jour que chaque charretier a travaillé, afin que vous puissiez voir quel profit ils peuvent avoir fait. Nous nous permettons de vous faire observer qu’il y en a qui ont de bons attelages tel que le nommé Montet. Arnaud Richard a eu quelques fois trois charrettes mais alors il avait de mauvais attelages. Ainsi la journée des charrettes n’a pas dépassé le prix que l’on paye ordinairement.

Nous vous accusons réception de 20 connaissemens timbrés.

Dans la journée de hier, les huit charrettes ont apporté 49.000 k… montant à 56.25 ce qui n’est pas extrêmement gagné pour des gens à forfait (sauf  meilleur avis).

Nous avons donc besoin de les laisser continuer encore quelques jours pour ne pas être pris au dépourvu par les Corses dont vous nous avez annoncé l’arrivée prochaine.

Recevez, Monsieur, l’assurance de notre sincère dévouement.

Pre Hugony

Notes et références

Lettre de M. Hugony à Emile Gérard datée du 20 juin 1856 transmise par Mme M. S.

La chapelle du château de Léoube – Deux ans en Afrique, Charles Marcotte de Quivières

Le château de Léoube et l’ancienne chapelle, aujourd’hui détruite

[…] J’habitais aux environ d’Hyères un vieux château, du nom de Léoubes, élevé, dit-on, par la reine Jeanne ; délicieuse retraite, complétement isolé, où, seul étranger, un brave curé des environs qui venait dire la messe le jeudi et le dimanche dans la chapelle, prenait place à notre table patriarcale.

Cette chapelle m’a rappelé un de mes vieux péchés qu’il faut que je confesse ici.

Pendant un séjour que j’ai fait1 à Toulon en 1842, la belle-mère2 de ma sœur me pria de composer pour la chapelle de Léoubes, qu’on restaurait alors, un grand tableau pour l’autel du fond.

Deux ans en Afrique – Charles Marcotte de Quivières (Manuscrit)

Elle me désigna le sujet. Elle voulait un Saint Joseph, la Vierge et l’enfant Jésus, et une foule de têtes d’anges, à la manière de Murillo. – Rien que cela.

Ces conditions posées, je fis les miennes ; et d’abord je m’opposais aux petites têtes d’anges qui me gênaient beaucoup.

Elle insista : elle tenait aux anges.

  • Vous arrangerez cela, me dit-elle, de manière qu’on ne les voie pas ; vous les dissimulerez.

J’acceptai la commande qui devait me rapporter une messe en musique, les bénédictions d’un grand nombre de dévotes invitées à l’inauguration, et une foule d’indulgences plénières.

Je me mis à l’œuvre. Je m’étais réservé le droit de choisir mes modèles. Une nièce de ma sœur [Zélia Vincent], avec des traits un peu accentués à la manière méridionale, avait une de ces physionomies pures et calmes qui devait inspirer mon pinceau : elle consentit à poser pour la Vierge.

Ma sœur venait de me donner un neveu, un gros garçon rose et frais, qui semblait être venu au monde tout exprès pour figurer dans mon tableau. J’avais donc mon enfant Jésus.

Mais où trouver Saint Joseph ? Je tenais à faire une œuvre consciencieuse. Je voulais que ma composition eût un cachet de vérité conforme à l’idée que certaines personnes ont conçue d’une famille composée d’une vierge, mère d’un enfant qui n’est pas le fils de son père, et d’une père qui n’est pas le mari de sa femme ; le tout cependant formant une seule et même famille.

Pendant que j’étais à délibérer, en passant la main gauche dans ma barbe, je jetai négligemment les yeux sur une glace posée en face de moi et j’aperçu… saint Joseph qui avait l’air de réfléchir profondément sur les difficultés de la situation. Je pris vivement mon crayon, et je croquai, sans désemparer, mon sont Joseph qui réunit parfaitement toutes les conditions voulues pour personnage de mon tableau. J’avais un père, une vierge et un enfant de la même famille.

Quant aux têtes d’anges, après en avoir dessiné, effacé, fait et refait deux ou trois autour de mon groupe, je pris le parti de les dissimuler par un palmier qui les couvrit entièrement de ses branches.

Le fond du paysage était un site de Léoubes, de sorte que la sainte Famille avait un air tout à fait local.

Le tableau terminé, les connaisseurs de Toulon et des environs vinrent le visiter dans mon atelier. Chacun s’extasia sur la ressemblance de la sainte Famille.

Vint le tour le grand’maman. A peine eut-elle jeté les yeux sur la toile, qu’elle entra dans une dévote fureur.

  • Qu’est-ce que vous m’avez fait là ? s’écria-t-elle. – Le portrait de Z… ! Je ne veux pas de cela. – J’aime beaucoup ma petite fille, mais je consentirai jamais à me mettre à genoux devant elle. Ca ne serait pas convenable ; changez cette tête.

J’eus beau insister, lui développer mon système de sainte famille, lui rappeler mes conditions, elle ne voulut rien entendre.

  • Non, disait-elle, on n’a jamais vu une grand’mère se mettre à genoux devant sa petite fille.

Il fallut céder, et je lui promis un changement à ma vierge.

  • Et mes anges, reprit-elle, où sont-ils ? Je ne les voie pas.
  • Mais c’était chose convenue, lui dis-je ; vous m’avez recommandé d’arranger les têtes de manière qu’on ne les vît pas. Eh bien, vous ne les voyez pas ; les têtes sont dissimulées derrière ce palmier qui les abrite de son feuillage.

J’eus de la peine à la convaincre, mais je lui avais fait la concession de ma Vierge, il fallait bien qu’elle m’accorda celle de ses têtes de chérubins.

En résumé, mon tableau encadré magnifiquement fut apporté avec pompe à Léoubes, et une grand’messe en musique, accompagnée d’une distribution de médailles, consacra l’œuvre sainte du grand maître. Malgré cette sorte de canonisation, je ne puis regarder sans rire mon portrait habillé en saint Joseph, et j’avoue que j’éprouve aujourd’hui, au sujet de moi, les mêmes scrupules que la grand’maman vis-à-vis sa petite fille. Je ne puis me décider à m’agenouiller sérieusement devant moi-même.

Notes et références

  1. L’auteur de cet article, Charles Marcotte de Quivières est le frère de notre ancêtre Félicité Marcotte de Quivières, épouse d’Émile Gérard. Suite à la publication de cet article, un internaute m’a communiqué un copie du manuscrit de ce texte. Le manuscrit est plus complet et plus intéressant à lire.
  2. Joséphine Félicité Gérard, née Mourre (1775-1848)

Léoube

Les enfants Abeille en vacances à Léoube

Pendant les vacances, les enfants Angèle, Geneviève, Maurice, Germaine, Marcelle, Marinette et Louis Abeille retrouvaient à Léoube une bande de cousins ainsi que leurs tantes. Ils étaient logés à la villa Maria avec la famille d’Émile Vincent. C’était une époque où les congés n’existaient pas pour les messieurs. Sous la responsabilité de Madame Bosc, « Les petites » ainsi nommées, terme péjoratif pour ces enfants orphelins, se sentaient un peu à part… Les garçons bénéficiaient de plus de liberté.

Tout le monde se retrouvait le dimanche pour déjeuner au château. Les domestiques mettaient le couvert et il y avait un petit couteau tout seul de son espèce et convoité par tous les enfants. Quand par le sort il tombait sur un des « petits », subrepticement, une des mères de famille le mettait à un de ses enfants. Donc aucun des « petits » n’a jamais eu le couteau convoité !1

« Les frivolités » – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

La couture l’après midi – Août 1916

Parfois à l’issue du repas, oncle Edme se tournant vers ses nièces lançait : « Petite, à vos frivolités »… Ne croyez pas que sous ce vocable il y ait eu quelque chose d’affriolant. Non bien sûr que non. Il s’agissait simplement que le gent féminine prenne qui un crochet pour réaliser un col, qui une aiguille pour raccourcir un ourlet ou installer de nouveaux poignes à une robe etc…

Pendant ce temps là tous les cousins s’évanouissaient dans la nature, parcouraient les collines et les vallons et à bout de souffle fabriquaient un feu pour faire griller le poulet imprudent qui s’était égaré loin de la ferme…

A la fin de leurs travaux d’aiguilles, les cousines allaient en promenade sous la houlette de « Madame » leur gouvernante.

Ces petits moments de la vie allaient changer à l’approche de la guerre de 14. Vous avez sans doute remarqué que sur l’album de Suzanne Fabre, à la date de 1916, il n’y a pratiquement aucun cousin. Les seuls hommes présents sont en uniforme lors d’une permission. Mon père, engagé volontaire en 1916, était avec trois de ses frères au front, et mon grand-père engagé volontaire dans une milice qui surveillait jour et nuit par les sentiers des douaniers la rade de Toulon… Les délices de Léoube s’estompaient dans le bruit et la fureur dont les récits que mon père m’en faisait dépassaient l’entendement. Mais ceci est une autre histoire…

L’acquéreur de Léoube en 1921 fut un Monsieur Lebel qui avait fait fortune avec ses fusils pendant la guerre… Certains d’entre nous ont bien connu sa fille, Madame Olffensen qui se désolait que nous ayons dû nous séparer de tant de splendeurs. Ainsi va la vie…

Le temps des melons – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

Il y avait un moment l’été où la saison des melons battait son plein. Sur la terrasse s’installaient alors dans leurs fauteuils de rotin les oncles qui se faisaient apporter les cageots. Leur mission était de choisir ceux que l’on servirait à table. Ils tiraient dons leurs couteaux de leurs poches, creusaient chacun un triangle dans un melon, goûtaient, puis, selon leur décision, jetaient dans un cageot vide l’objet de leur dégustation. Dans le cageot de droite, ils hurlaient « Bon pour les cochons », dans celui de gauche, « Bon pour la maison ». L’ennui, c’était que les oncles adoraient les melons et que leur dégustation s’étendait bien au delà des besoins de la table familiale. Au bout d’un moment s’ensuivait inévitablement des besoins naturels que le seul cabinet du coin ne pouvait permettre à deux personnes à la fois de soulager. On entendait alors par celui qui restait à l’extérieur du « petit coin », des gémissements et des supplications à fendre l’âme : « Edmond, je t’en supplie, laisse moi la place, je te donnerai ce que tu voudras mais ouvre par pitié. » C’était un spectacle réjouissant que je n’ai jamais oublié, d’autant plus qu’il se renouvelait, la gourmandise des oncles étant plus forte que le souvenir des conséquences inévitables qu’elle procurait.

A table – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

L’été, nous déjeunions dehors sur la terrasse bordant la mer. D’immenses draps de toile étaient installés, tombant du 1er étage et s’appuyant sur la rambarde de façon à amortir la violence de la réverbération. Leurs mouvements au fil de la brise évoquaient les voiles d’un navire et engendraient des rêves de voyages et d’aventures. Cependant, nous étions fort nombreux : il y avait une table de parents et une immense table d’enfants extrêmement bruyante. Au début de chaque été l’oncle Edme, qui était célibataire et n’aimait pas le bruit, se levait, tapait sur son verre et annonçait d’une voix forte : « J’offrirai un âne à celui d’entre vous qui ne parlera pas à table durant tout l’été. » L’effet était spectaculaire et pendant deux ou trois jours, un silence de bénédictin présidait aux repas. Mais la tentation était la plus forte, petit à petit la parole reprenait ses droits et s’épanouissait jusqu’à retrouver la cacophonie habituelle, et c’est ainsi que l’oncle Edme n’eut jamais l’occasion d’acheter un seul âne…

A la chapelle – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

Léoube : la chapelle, aujourd’hui démolie, et le château

Nous avions une tante Marie qui était très pieuse. Elle avait entendue dans sa jeunesse une voix lui disant « Marie, Marie, ne te marie pas » et elle avait décidé que la multitude de ses neveux suffirait à son bonheur. Bien entendu nous étions impérativement convoqués à la chapelle2 pour d’innombrables cérémonies que nos parents trouvaient quelques fois abusives et c’est ainsi qu’on assistait à l’occasion des vêpres notamment à la scène suivante. Tante Marie rentrait majestueusement dans la chapelle et s’installait au premier rang suivie par tous les oncles qui formaient comme un mur derrière elle, puis venaient en désordre le reste de la famille dont la horde de cousins qui s’installaient au fond. L’office commençait et l’un des oncles faisait au bout d’un moment avec la main un geste impératif désignant la porte de la sacristie ouverte et comme des sioux, en silence et en bon ordre, nous nous glissions dehors retrouver avec bonheur le soleil, la lumière impérieuse et les poursuites dans les bois. Tante Marie vécut très longtemps faisant bénéficier de sa générosité tous ceux que la vie avait meurtris et qu’elle pouvait rencontrer. Elle trouvait que notre famille avait été très gâtée par la vie et priait assidument pour que ses neveux soient pauvres. Mon père disait qu’elle y était remarquablement parvenue.

Le curé de la Londe les Maures – Souvenirs de Charles Vincent écrits par Colette Raffalli

Mon père ne se rappelait plus son nom mais très bien de sa gentillesse et de sa disponibilité… Avec l’avènement du chemin de fer à vapeur qui traversait tous ces bois entre Hyères et Bormes les Mimosas, invariablement les locomotives qui crachaient pas mal d’escarbilles arrivaient à mettre le feu… Aussitôt on envoyait un homme à cheval chez le curé qui sonnait à toute volée le tocsin pour avertir les populations. Chacun laissait là son ouvrage et se précipitait pour prêter main forte, qui avec des seaux d’eau, qui avec des branchages pour taper sur le feu. On allumait aussi des contre-feux et on ne peut pas dire qu’il y ait eu à cette époque les catastrophes que nous allions connaître bien plus tard dans le massif des Maures ou à Tanneron. Cette solidarité a disparu au grand regret de ceux qui l’ont vécue…

Une autre particularité de ce curé bienveillant était de répondre sans délai à l’appel de mon arrière-grand-mère Élise Gérard-Vincent tous les 15 août. Comme chacun de nous le sait, Sainte Marie est une grande fête dans notre famille dont tous les membres portent les prénoms de Marie Joseph. Ainsi ce brave homme par une belle chaleur arrivait en sueur au château où la famille l’attendait tellement nombreuse qu’à elle seule, elle formait la procession du 15 août partant de la chapelle pour déambuler sous les pins jusqu’à la statue de la Vierge en chantant des cantiques qui faisaient taire les cigales…

Je voudrais dire un mot de cette arrière-grand-mère décidée et imposante qui ne s’était jamais appuyé au dossier de n’importe lequel de ses fauteuils. Elle avait une grande allure, se tenait droite comme un i et avait une mémoire infaillible disait mon père. Il se rappelle très bien enfant être allé chaque premier janvier souhaiter la bonne année à cette fabuleuse grand-mère qui trônait toute la journée dans le grand salon de la place d’Armes à Toulon pour recevoir les hommages de son innombrable famille avec de chaque côté deux sacs remplis de pièces, l’un de 20 sous et l’autre de 200 sous. Elle donnait 20 sous à ceux qui n’avaient pas fait leur première communion et 100 sous à l’avaient faite. Mon père éberlué racontait qu’elle ne s’était jamais trompée…

Histoire de Léoube par Frédérik Lantelme

Le domaine de Léoube faisait partie, au XVIème siècle, du marquisat de Brégançon situé sur le territoire de la commune de Bormes, il est limité au sud sur une longueur de plus de 3 km par le rivage de la rade d’Hyères.

Il appartenait à François Bogogni qui le donna à son gendre en 1619. La descendance de ce dernier s’étant éteinte en 1745, Léoube fit retour à l’État qui dut le rétrocéder aux créanciers.

Ce fut Simon Segard, bijoutier à Paris, qui l’acquit, mais il le revendit l’année suivante, en 1746, aux frères Brémond qui se firent appeler Brémond de Léoube et le conservèrent jusqu’en 1840, date à laquelle ils le vendirent à Émile Gérard, âgée de 38 ans, fils de Joseph Dominique.

Le château date du XIVème siècle (donation par la reine Jeanne en 1348, comtesse de Provence et de Forcalquier) et il a fait l’objet de plusieurs restaurations en 1731 et 1883.

Léoube – Chemin de Pierre Blanche – Dessin à la plume d’Émile Vincent

Construit sur une éminence, sur son sol se développe une végétation exubérante de pins d’alep et de pins maritimes, de chênes-liège et de châtaigniers, vignes, oliviers et de toutes sortes de plantes odorantes répandues sur la Côte d’Azur, propre à inspirer Émile Vincent (1828 1907) (neveu d’Émile Gérard) qui nous laissera de nombreux tableaux, dessins et fusains, cités par Henri Vincent dans son ouvrage sur son père : Léoube, plage du Pellegrin (fusain), Chemin sous bois dans la forêt de Léoube (dessin à l’encre de Chine), Chemin de Pierre Blanche Léoube (dessin à la plume).

Le château, (on a une très belle vue sur la rade et les îles d’Hyères), comprend des appartements spacieux ; rez-de-chaussée, un grand salon et une salle à manger pouvant contenir 30 à 40 personnes. Au premier et deuxième étage : 18 chambres. Dans sa cave, on peut loger plus de 3000 hectos.

Les communs comprennent deux écuries et deux remises pouvant abriter une dizaine de chevaux. Une bergerie de 200 moutons.

Les récoltes de 1920 ont été les suivantes :  vin (3000 hectos), avoine (16 000 K.), fourrage (40 000 K.), pêche (5 000 K.), etc…

La superficie du domaine est d’environ 610 hectares, 500 en forêts, 54 vignobles, 25 en terres labourables, 31 bâtiments, parcs, chemins, etc…

Le parc est planté de magnifiques palmiers, d’eucalyptus gigantesques, d’une grande variété de mimosas et d’arbres exotiques.

Les descendants d’Émile Gérard ont du s’en séparer, la propriété a été mise en adjudication devant le tribunal de Toulon le samedi 23 avril 1921 sur la mise à prix d’un million de francs. Acquéreur : Messieurs Engelsen et Lebel.

Vente de Léoube le 23 avril 1921

Pour la vente aux enchères du 23 avril 1921, Pierre et Émile Gérard, Albert Dor et Henri Jombert réalise une brochure.

Cette brochure comporte des erreurs comme une interversion des légendes des photos. Pour notre famille, en page 6, J.D. Gérard étant décédé le 21 septembre 1930, c’est son fils Émile Gérard qui a acheté Léoube en 1840.

A noter que la valeur de la propriété était diminuée en raison des incendies de 1918 et 1919.

Léoube a été adjugé 1 501 000 francs à Monsieur L. Aubert. Henri Vincent rapporte que d’après M° Palenc, notaire à Hyères, M. Aubert a reconnu avoir eu la propriété à bon compte : il était persuadé qu’il ne l’aurait pas à moins 1 800 000 francs3.

Mise en vente de Léoube le 23 avril 1921 – Collection Marc de Raphélis-Soissan

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Notes et références

  1. Récits d’Annie Séjourné et de Mireille Caire
  2. Cette chapelle était accolée au château et est aujourd’hui démolie. A ne pas confondre avec la chapelle Saint Georges.
  3. Il y a une incohérence entre les noms des acheteurs donnés par Frédérik Lantelme et Henri Vincent.
  4. Trois familles provençales : Vincent – Gérard – Benet – Frédérik Lantelme – 1988 (pages 315 et 316)

Annulation d’un jugement rendu contre Emile Gérard – 17 décembre 1844

Emile Gérard (1802-1857)

Le 10 juillet 1840, Émile Gérard acheta, des frères Brémond de Léoubes, le château de Léoubes et ses dépendances, moyennant 80,000 francs. – Sur la demande de la régie, une expertise fut ordonnée par le tribunal de Toulon. – L’expert de la régie estima le domaine 169,408 francs 94 centimes ; l’expert de Gérard l’estima 81,380 francs. – Le juge de paix nomma tiers expert, qui estima l’immeuble 88,160 francs et 41 centimes. – La régie, relevant des erreurs partielles dans l’évaluation du tiers expert dingue que, d’après des bases posées par lui, l’évaluation de vaisselle levait à 93,832 francs 39 centimes.

Elle conclut à ce que l’expertise et la tierce expertise fussent déclarées nulles, et à ce qu’il fut procédé à une nouvelle expertise. – Gérard conclut à ce que, sans avoir égard à la demande de la régie il fut mis hors de cause et de procès. – Sur ces conclusions, le tribunal civil de Toulon rendit, le 27 décembre 1842, un jugement par lequel il homologue à le rapport de l’administration de l’enregistrement, et condamna Gérard dépens ;

Ces motifs sont qu’en admettant l’existence des irrégularités de forme signalées par l’administration dans les rapports des deux premiers experts, elles ne seraient pas de nature en entraîner la nullité ; que, la régie s’appuyant, pour sa demande, sur les erreurs commises par le tiers expert, le tribunal avait le droit d’examiner les rapports au fond ; – que les tribunaux ayant le droit d’ordonner une nouvelle expertise, on ne peut leur refuser la faculté de choisir, parmi les différentes estimations qui leur sont soumises, celle qui leur paraît la plus juste et le plus raisonnable ; – que l’estimation donnée par l’expert de l’administration est la seule qui soit juste et raisonnable et qui se rapportent véritablement à la valeur vénale de l’immeuble.

C’est contre ce jugement qu’Émile Girard s’est pourvu ; – son pourvoi est fondé, dans la forme, sur ce qu’il n’a pas été donné de motifs sur le rejet des conclusions tendantes à l’annulation de l’expertise, et sur ce que le jugement se contente de dire que l’opinion du tiers expert est la seule qui soit juste et raisonnable. Le demandeur trouve que ce ne sont pas des motifs dans le sens de la loi, et que le jugement doit être cassé, pour violation de l’article 141 du Code de procédure civile, et de l’article 7 de la loi du 20 avril 1810. – Au fond, il soutient que le jugement a violé les articles 17 et 18 de la loi du 22 frimaire an VII ; – que ces articles veulent que la valeur des immeubles soit déterminée par une expertise ; que, s’il y a une tierce expertise, la valeur de l’immeuble ne peut pas être déterminée par l’avis de l’expert de la régie, mais par les deux avis les plus modérés, formant la majorité ; autrement, on prendrait pour l’évaluation un avis seul et qui serait le plus élevé, ce qui ne peut pas être.

La régie de l’enregistrement répond, sur le moyen de forme, que le demandeur n’est pas recevable à critiquer les motifs sur lesquels le jugement s’est appuyé pour rejeter ses conclusions, et sur l’insuffisance des motifs pour lesquels le jugement adopte l’avis de l’expert de la régie ; que le jugement adopte la vie de l’expert qu’il homologue et auquel il se réfère, ce qui suffit pour remplir le vœu de la loi. – Au fond, la régie répond qu’il est sans doute de règle, dans cette matière, que l’estimation soit faite par les experts, et que la majorité des opinions de ces experts fasse loi ; mais que le jugement attaqué n’a pas méconnu cette règle ; qu’il a choisi, entre les trois opinions divergentes, celle qui lui a paru la plus juste, et qu’en considérant que l’opinion du tiers expert, rectifié dans ses erreurs matérielles, arrive à résultat semblable à celui de l’expert de la régie, on doit conclure que le tribunal a suivi la majorité des experts.

Sur quoi, ouï M. le conseiller Simonneau, dans son rapport ; MMes Rigaud et Moutard-Martin, avocats des parties en leurs observations ; et M. Delangle, avocat général, en ses conclusions, et après en avoir délibéré en la chambre du conseil ;

Vu les articles 17 et 18 de la loi du 22 frimaire an VII ;

En droit, attendu que l’article 323 du Code de procédure civile, qui déclare que les juges ne sont pas astreints à suivre l’avis des experts, ne s’applique pas aux expertises en matière d’enregistrement ; – que les règles à suivre en cette matière sont tracées dans les deux articles précités, et que c’est aux experts seuls qu’est confiée la mission d’apprécier la valeur des immeubles dont il s’agit ; que la question de savoir s’il y a une plus-value doit être résolue par le résultat de l’expertise ; – que, si les deux experts nommés par les parties sont d’accord, les juges sont obligés de suivre leur avis ; – qu’en cas de partage, et après la nomination d’un tiers expert, soit qu’il ait été choisi par les deux premiers experts, soit qu’il ait été nommé par justice, c’est la vie de la majorité des experts qui doit faire la loi, puisque cet avis est le véritable résultat de l’expertise ; – que si les juges ne croient pas devoir s’arrêter à l’expertise, ils peuvent, même d’office, en ordonner une nouvelle, mais que, dans aucun cas ni sous aucun prétexte, ils ne peuvent faire par eux-mêmes l’estimation des immeubles dont il s’agit, ni adopter arbitrairement l’avis isolé d’un des experts ; – que, s’ils avaient cette faculté, l’appel d’un tiers expert, en cas de partage, serait sans objet ; – en fait, attendu que le jugement attaqué, après qu’un tiers expert a été appelé, a adopté l’estimation isolée de l’expert de l’administration et homologué son rapport, comme s’il pouvait seul constituer le résultat de l’expertise, et qu’en statuant ainsi il a violé les dispositions des articles 17 et 18 de la loi du 22 frimaire an VII ;

Sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens,

La Cour casse et annule le jugement rendu, le 27 décembre 1842, par le tribunal civil de Toulon ; remet les parties au même et semblable état ou elles étaient avant ledit jugement, les renvoie, pour être fait droit au fond, devant le tribunal civil de Draguignan.

Notes et références

Bulletin des arrêts de la Cour de cassation – Tome XLVI – Pages 372 à 374

Emile Gérard condamné aux dépens sur la valeur de Léoube – 27 décembre 1842

Emile Gérard (1802-1857)

Par acte notarié du 19 juil. 1840, le sieur Joseph Emile Gérard, négociant et propriétaire à Toulon, a acheté des frères Bremond le domaine de Léoube, au prix exprimé de 80,000 fr.

Ce prix ayant paru inférieur à la valeur vénale au jour de la vente, par comparaison avec les fonds voisins de même nature, un jugement du 6 juillet 1841 a ordonné, sur requête, que l’expertise serait faite par les sieurs Agarrat et Toucas, nommés, le premier par l’administration, le second pas le sieur Gérard.

Ces deux experts, dont chacun a exprimé son avis séparément dans le même procès-verbal, ont estimé le domaine de Léoube, savoir : le sieur Agarrat, à 169,408 francs, et le sieur Toucas à 81,380 fr.

Un tiers expert, le sieur Malet, a été régulièrement nommé. Son estimation s’est élevée à 88,040 fr.

L’administration, après avoir signalé des irrégularités de forme et critiqué les bases adoptées, a cru devoir demander qu’une nouvelle expertise fût ordonnée.

Le sieur Gérard a combattu cette demande ; il a demandé que l’estimation de son expert fût adoptée, et par suite que l’administration fût condamnée aux dépens.

Le 27 déc. 1842, le tribunal de Toulon :

Attendu qu’en admettant l’existence des irrégularités de forme signalées par l’administration dans les rapports des deux premiers experts, elles ne seraient pas de nature en entrainer la nullité ;

Attendu qu’en concluant à ce qu’aucune des expertises ne fût homologuée, l’administration s’est fondée non seulement sur des irrégularités de forme, mais encore sur les bases énoncées, adoptées par l’expert de Joseph-Emile Gérard et le tiers expert dans l’estimation du domaine de Léoube ; que, par suite, le tribunal se trouve appelé à examiner ces rapports au fond, à apprécier les bases d’estimation adoptées par chacun des experts, et à rechercher si parmi ces rapports il en est qui soient à l’abri de toute critique et lui présentent des garanties suffisantes pour mériter son homologation ;

Attendu que, si les tribunaux ont la faculté d’ordonner une nouvelle expertise pour éclairer les religion lorsque l’estimation des premiers experts leur parait défectueuse, on ne saurait leur refuser la faculté de choisir, parmi les différentes estimations qui leur sont soumises, celle qui leur parait la plus juste et la plus raisonnable, surtout lorsque celle-ci présente des éléments vrais et complet d’appréciation ; que cette manière de procéder a été sanctionnée le 26 avril 1841 (art. 12,757 de ce journal) par la Cour de cassation dans une espèce où, comme dans la cause actuelle, le tribunal civil d’Arras, ayant à statuer sur la demande de l’administration tendant à une nouvelle expertise, a successivement apprécié les bases adoptées par chacun des trois experts et adopté l’estimation de l’un d’eux ;

Attendu que, quels que soient le prix et les accessoires du prix réellement et sincèrement payés, les tribunaux doivent seulement rechercher quelle est la véritable valeur vénale es immeubles soumis à l’expertise ;

Attendu que, dans l’espèce ; l’estimation donnée par l’expert de l’administration est la seule qui soit juste et raisonnable et qui se rapporte véritablement à la valeur vénale du domaine de Léoube ;

Attendu qu’aux termes de l’art. 18 de la loi du 22 frim. an 7, les frais de l’expertise doivent être à la charge de l’acquéreur lorsque l’estimation excède d’un huitième le prix énoncé au contrat ;

Sans s’arrêter aux fins en nullité de l’administration de l’enregistrement et des domaines, homologue le rapport d’estimation du domaine de Léoube fait par Laurent-Augustin Agarrat, ancien notaire de Lagarde ; condamne Joseph-Emile Gérard aux dépens, taxés à la somme de 947 francs 76 c.

Notes et références

Journal de l’enregistrement et des domaines, par une Société d’Employés supérieurs de l’Administration – Du 21 mars 1843 – pages 163 et 164

Emile Gérard fonde les salins des Pesquiers à Hyères

Création des salins des Pesquiers à Hyères

Salins des Pesquiers

En 1847, Émile Gérard achète aux enchères pour 250 000 francs l’étang des Pesquiers sous le nom de « Domaine des pêcheries d’Hyères ayant boudigues, étang, terres, bâtiments, marécages, pacages, pins, jardins »1.

Le 9 mars 1848, Émile Gérard et M. Chapon, négociant à Marseille, fondent la « Société des salins et pêcheries d’Hyères ». Aussitôt, la partie nord de l’étang est transformée en salins et produit dès 1949 une première récolte de 545 tonnes de sel.

Le 15 mars 1851, le capital de la société est réorganisé uniquement entre les membres de la famille Gérard (Gérard, Marcotte, Vincent, Brest, Fabry…).

Développement de la société

Les salins des Pesquiers se développent rapidement, malgré quelques revers comme les intempéries de l’hiver 1853 où la mer envahit les salins et fait fondre la majeure partie des stocks de sel.

La société achète :

  • le 8 mars 1920, l’Ile des Embiers sur laquelle se trouvait un petit salin ; l’île sera revendue en 1958 à Paul Ricard.
  • en 1927, le domaine de Saint Hilaire, 1 600 hectares près de Saint Maximin, que la société remet en état,
  • en 1941, le domaine de la Gordonne.

La « Société des salins et pêcheries d’Hyères » devient l’un des principaux agriculteurs du Var.

Dirigeants successifs

Émile Gérard
  • 1848-1957 : Émile Gérard (1802-1857),
  • 1857-1907 : Charles Gérard (1829-1907)
  • 1907-1907 : Louis Gérard (1844-1907)
  • 1907-1919 : Pierre Gérard (1882-1964)
  • 1919-1928 : Émile Gérard (1887-1936)
  • 1928-1964 : Pierre Gérard (1882-1964)
  • 1964-1967 : Louis Gérard

Déclin

En 1967, la compagnie des salins du midi acquiert la totalité du capital de la société des salins des Pesquiers.

Après plusieurs années de déclin, les salins des Pesquiers sont fermés en 1995.

Notes et références

Bibliographie

Société des salins et pêcheries d’Hyères – Gérard & Cie – 1848-1948

Frédérick Lantelme, Trois familles provençales – Vincent – Gérard – Benet, 1988

A la découverte des salins d’Hyères, Toulon Provence Méditerranée

Références

  1. Chantal Aubry, Les salins d’Hyères, Actes Sud