Louis Laurent Caire raconte son mariage à sa sœur Honorine – 29 février 1832

Aix, 29 février 1832

Ma chère Honorine.

Notre mariage est à la fin terminé et précisément comme nous l’avions projeté nous eûmes le plaisir de recevoir les dames Abeille le dimanche. Elles vinrent à temps pour le dîner de 6 à 9 heures que Mme Pascalis leur avait préparé et dans la soirée l’on fit une loterie de jolis petits objets qui peuvent rappeler la circonstance et qui égaya beaucoup la société.

Le lundi la signature du contrat amena bien des pleurs et les vers que je te joins ne purent être chantés parce qu’ils attendrissaient trop les personnes qui voulaient l’entreprendre. Tu verras qu’à la requête des dames Abeille, M. Pascalis ne t’a pas oubliée au second couplet et tout le couplet a été fait à ton intention. Dis-moi comment on les trouve à Toulon ?

Après le dîner de noces qui était fort bon et qui se passa très gaiement, nous fûmes à la Commune y est passé le contrat civil et puis un bal bien animé employa à notre soirée. Je retrouvais des forces pour danser et il y avait nombre d’années que je n’en avais fait autant. Une très jolie collation est un thé punch a terminé la séance. Nous partîmes enfin pour l’église à 2 heures du matin et après une cérémonie bien touchante et solennelle nous vînmes enfin nous couchés à 4 heures du matin. Si je me félicitais de mon mariage avant, il est inutile de te dire que je m’en félicite encore plus après et que je ne doute plus de l’harmonie et de la douce union qui va munir à Cécile.

Mme Perrin était toute orgueilleuse au bal de Cécile et elle me faisait remarquer que sur 30 dames, dont beaucoup de jolies, ma femme brillait le plus. Toutes les dames Abeille m’ont apporté tes compliments et nous avons beaucoup regretté la famille Pascalis  et moi que tu n’es combiné ton voyage à Marseille quelques jours plus tard, pour venir passer le dimanche et lundi avec nous ici.

Je ne puis terminer cette lettre sans t’exprimer combien je suis reconnaissant envers toute la famille Pascalis, pour l’accueil amical qu’on me fait ici. Nous sommes tous liés de la plus tendre amitié et je suis déjà regardé comme un des anciens de la famille. Je ne doute pas que tous ces détails ne plaisent à ton bon mari et dis-lui mille choses de ma part et de la part de Cécile. Je lui cède la plume pour qu’elle commence à faire ta connaissance par correspondance en attendant le plaisir de la faire personnellement.

Je vous embrasse tous deux de bien bon cœur.

Louis Laurent Caire


Cécile Pascalis

Je ne veux pas laisser partir la lettre de mon mari sans vous témoigner tout le plaisir que m’a fait éprouver votre lettre que Caire m’a communiquée. Je suis heureuse d’entrer dans une famille où l’on me reçoit avec tant d’indulgence. Veuillez bien ne pas croire à lettre tout ce qu’on vous a dit de flatteur pour moi. Je serais si fâchée de vous voir désappointée mais je ferai mon étude de vous être agréable.

Je vous remercie beaucoup d’avoir pensé à moi en me faisant cadeau d’une belle pendule. Ce souvenir me sera bien précieux surtout lorsque j’aurais l’avantage de vous connaître. Ce désir est encore augmenté par le portrait que les dames Abeille m’ont fait de votre excessive bonté. Je tacherai de m’en rendre digne et de mériter votre affection.

Mes hommages respectueux à M. Mille.

Notes et références

Lettre à Madame Vve Caire, née Pascalis – 8 février 1845

ÉTUDE
de
M Charles Sénés
Avocat et avoué
Place St Pierre N°4
Toulon le 8 février 1845

Madame,

Je hâte ma réponse à votre missive du 6 de ce mois, à laquelle étaient jointes des lettres relatives aux biens que vous possédez à Livourne, conjointement avec Mme veuve Mille, votre belle-sœur.

Cette dame à qui j’ai fait part de ces lettres m’a chargé de vous annoncer qu’elle approuve la continuation des locations des immeubles de Livourne dont les loyers indiqués paraissent avantageux.

Elle est charmée que M. Martellini ait envoyé des fonds provenant des loyers échus et qu’il se dispose à adresser bientôt le compte total de sa gestion.

Quant à la vente de ces mêmes biens, elle pense qu’il faudrait tacher d’en retirer au moins une valeur foncière proportionnée au produit du loyer.

Cela est d’autant plus convenable qu’une vente aux enchères publiques n’est souvent qu’une loterie, et qu’elle occasionne toujours des frais de justice assez considérables dont il faut être sûr de se récupérer d’avance.

Toutefois si cette vente judiciaire a lieu j’estime que les hypothèques éventuelles qui peuvent gréver ces immeubles seront devenues caduques par l’effet du temps ou qu’il sera facile de les faire disparaître à peu de frais.

Au reste, Mme votre belle-sœur s’en réfère toujours à vos meilleurs soins et elle approuve d’avance tout ce que vous aurez prescrit pour tirer le meilleur parti de ces biens et affaires.

Je me félicite, Madame, d’avoir l’occasion de vous faire agréer la nouvelle expression des sentiments de respect et de haute considération avec lesquels, j’ai l’honneur d’être votre très humble et très obéissant serviteur,

Ch Sénés

Note sur la succession de M. Joseph Pierre ensuivi celle de son épouse – 13 février 1824

L’usufruit laissé par Mr Joseph Caire ayant cessé depuis le 5 février 1824, époque du décès de son épouse, messieurs Aguillon frères et les hoiries de M. Laurent Caire sont appelés à recueillir, en leur qualité d’héritiers fonciers, la succession de M. Joseph Caire leur oncle. Cette succession se compose, d’après les pièces qui m’ont été remises, des créances ci-après détaillées.

créances en principal, par M. Joseph Guidon : 9 480
Portion dont les hoiries Caire ont été déclarées perdant par le jugement d’ordre : 790.25
Frais judiciaires payés à M. Lavoué Toucas à la charge de l’hoirie : 80
609.75
 2° créance due par M. Albert avocat représenté par M. Castelli dit Cafsian du 5 décembre 1732 notaire M. Minier à Toulon de 4000 réduites à 3 950.62
 3° portion de la créance des hoiries Doumet établie par acte du 22 août 1775 notaire Mège à Toulon 1 080
Sommes recouvrées par M. Alexandre Aguillon 13 640.37
 4° solde de la créance des hoiries Doumet établie par l’acte précité notaire Mège 1 120
 5° créance à constitution de rente au 5 p% due par les hoiries Lambert en son vivant greffier du tribunal de commerce de Toulon suivant l’acte du 9 janvier 1792 notaire Philibert à Toulon de la somme principale de 4000 assignation réduite à 2 880
créance à constitution de rente au 4 p% due par M. Joseph Barnabé Tournier ancien négociant à Toulon suivant l’acte du 21 février 1792 notaire Lesperon de la somme principale de 4000 également en assignation réduite à 2 880
 7° créance privée souscrite par M. Aguillon père du 1er septembre 1776 en faveur de M. Joseph Caire son beau-frère, à constitution de rente au 5 p% contenant l’obligation de M. Joseph Aguillon fils d’acquitter cette créance qui est avérée devant notaire et inscrite aux hypothèques et qui s’élève à la somme de  22 000
Total  42,280F.37C

M. Alexandre Aguillon a à tenir compte aux héritiers l’hoirie de M. Joseph Caire son oncle, des 13,640F et 37C recouvrés par lui de Messieurs Guison, Albert et hoirie Doumet.

Quant aux 28 640F provenant de divers titres de créances à constitution de rente, il n’y a absolument aucune formalité à remplir dans ce moment ; mais il est indispensable que Mademoiselle Eugénie Caire, ainsi que ses frères et sœurs envoyent chacun leur procuration, à l’effet de retirer les sommes dues tant en principal qu’en intérêts provenant de l’hoirie de feu Joseph Caire, d’exercer à défaut de paiement toutes formalités judiciaires, telles que de faire citer en conciliation devant tout juge de paix devant tous tribunaux compétents, plaider, défendre, opposer, obtenir tous jugements, les mettre à exécution, appeler, acquiescer à tout arrangement, transiger, intervenir dans toutes procédures qui seraient dirigées contre les débiteurs de ladite hoirie par voie d’opposition, ou autrement, du reçu de toute forme donner quittances et décharges valables, faire exproprier tout débiteur de ladite hoirie, consentir la radiation de toutes inscriptions hypothécaires, substituer en tout ou partie du procureur, les renvoyer en substitution d’autres etc etc

Par son testament mystique du 23 mai 1819 déposé le 19 janvier 1824 en l’étude de M. Sylvestre notaire à Toulon, Madame Claire Aguillon veuve de M. Joseph Caire a fait, entre autres dispositions, celles qui suivent.

« Je lègue et laisse à mes deux neveux Pierre et Alexandre Aguillon fils de François, la maison que je possède à Toulon rue Bourbon 105 N° 24 (nouvelle série) que j’ai entièrement fait reconstruire, il y a environ 11 ans, pour commencer d’en jouir d’abord après mon décès et en faire et disposer à leur plaisir et volonté, à la charge 1° de payer une pension viagère de 200F en faveur de M. Étienne Aguillon mon frère (Il est prédécédé). 2° de compter, après le décès de mon dit frère Étienne Aguillon cinq cents Francs à chacun des quatre enfants de feu M. Laurent Caire mon beau-frère ; ce qui fait deux mille francs pour les quatre, ou aux sœurs en cas de prédécès moyennant quoi les enfants Caire renonceront à toute prétention quelconque qu’ils pourraient avoir sur ladite maison avant que je la fisse rebâtir.

Je lègue de plus à Louis Laurent Caire négociant à Livourne, l’un des dits enfants Caire, une montre en or et une croix à diamants dite Grand Esprit qui lui seront remises par mon héritier après mon décès.

Dès que la délivrance de la maison aura été faite par le tuteur de l’héritière qu’est la fille de M. Pierre Aguillon fils de Joseph MM. les frères Aguillon compteront 500F à chacun des enfants Caire.

Toulon le 13 février 1824.

Cogolin

Notes et références

Note sur la succession de Joseph Caire ensuivi de celle de son épouse

Laurent Caire est ruiné par la Révolution

À Son Excellence Monsieur le Chevalier Elliot ministre plénipotentiaire de Sa Majesté britannique en Corse.

Laurent Caire ancien propriétaire du domaine où fut la Redoute Mulegrave, prend la liberté d’exposer l’étendue de ses malheurs, et la perte totale de sa fortune. Il n’a pas la prétention d’en réclamer la totalité auprès des Puissances, mais il se flatte que leur générosité sera émue en jetant un coup d’œil sur le simple aperçu de la valeur des objets suivants.

Il avait dans l’étendue de son domaine de cent vingt et un mille deux cent quarante une cannes de terre complantées en bois, ce toisé est fait relativement à sa nouvelle imposition et l’article ne monterait pas à moins de cent dix huit mille livres ; au surplus il s’en rapporte à l’évaluation que tout expert pourrait faire. Cy…118.000

Il avait de plus soixante neuf mille trois cent dix huit cannes de terre complantées en vigne, olivier, figuier, mûrier, oranger, caprier et arbres fruitiers absolument dévastés, coupés ou arrachés ; il avait aussi des terres à la Garde et aux Sablettes. Ce dommage joint à celui des bâtiments et à la destruction des fontaines, conduites des eaux, des ustensiles de cave, du moulin à huile, des pressoirs, des tonneaux, et bestiaux, s’élève au moins à deux cent vingt cinq mille livres. Cy…225.000

La perte d’une fabrique de cordes pour les navires, établie à La Seyne pour occuper les pauvres ouvriers de tout âge, des marchandises en chanvre, goudron, savon et des ustensiles qu’elle contenait se monte au moins à cinquante sept mille livres. Cy…57.000

La perte des marchandises que sa femme n’a pu enlever de Toulon, en blé, vin, huile, savon, soye, siure, café, et autres divers articles qu’il avait en magasin, va à plus de soixante mille livres. Cy… 60.000

La perte totale du mobilier de la Campagne vingt six mille livres. Cy…26.000

La perte totale du mobilier de la ville, la garde-robe de sa belle-mère, celle de sa femme, peut s’évaluer à soixante dix mille livres. Cy…70.000

Il est à présumer que trois grandes maisons qu’il a à Toulon seront abattues, que ses maisons de campagne en huit ou dix bâtiments dont quatre surtout très considérables, déjà dévasté seront aussi détruits. Ces divers objets s’élèvent à mieux de cent quatre vingt mille livres. Cy…180.000

Il faut ajouter ses divers intérêts sur des navires, sur des édifices publics, sur des fermes, ses placements tels que ceux sur le Clergé, ses contrats, ses billets à ordre, un commerce qu’une longue suite d’années de travail et de bonne conduite avait rendu florissant. Il se borne à porter tant d’objets inappréciables à quatre cent mille livres. Cy…400.000

Les remboursements qu’on lui a fait accepter de force en assignats lorsqu’ils perdaient jusques à 80 %, tandis qu’il ne se permettait pas d’en user de même avec ses créanciers, lui ont fait un tort de cent vingt mille livres. Cy…620.000

Il attendait de son malheureux frère qui selon toute apparence a été perdu dans le désastre de Toulon près de trois cent mille livres. Cy…300 000

Total : 1.556.000 livres

La perte s’élève à plus d’un million et demi, et certainement les articles ne sont pas exagérés. Après une Révolution aussi désastreuse son ancre d’espérance était sa campagne qui seule aurait pu nourrir sa famille. Et l’on sait dans quel état à cette campagne est réduite. Il conservait ses bois précieusement pour en faire des coupes à feu et à mesure des besoins d’argent.

Son Excellence connait de quelle utilité ses forêts étaient aux anglais, ainsi que tous les arbres de sa terre, que s’il eût fallu porter au Camp tous les ustensiles et matériaux qui se trouvaient chez lui, les travaux eussent été plus longs et plus dispendieux.

Dans son désastre perdant tout jusques aux papiers de la plus grande conséquence, on ne lui a sauvé qu’un registre où ses créanciers sont inscrits pour environ quatre vingt mille livres parce qu’il s’est fait la délicatesse de les payer en assignats.

Il a auprès de lui Madame de L’Épine mère de sa femme qui est très âgée et très infirme, et qui n’a rien au monde pas même ses diamants, sa femme, trois filles en âge d’être établies, et un fils de six ans qu’il faut élever ; quant à lui sexagénaire ne se sentant plus en état de travailler, il n’a d’espoir pour ses vieux jours et pour ceux de sa femme et pour ses enfants que dans la sensibilité et la justice de Son Excellence ; elle se rappellera les promesses d’indemnité qu’elle lui fit, et qu’elle devait réitérer à Madame Caire, après qu’il fut parti muni de l’agrément de Son Excellence pour aller (avec son collègue Mr Pernety, également malheureux) faire un emprunt en Italie. Ces promesses le soutiennent ; il attend avec confiance les effets dont il conservera la plus vive reconnaissance.

Livourne le 28 mars 1794

Laurent Caire

Notes et références

Source : Lettre d'Henri Foulcher sur Laurent Caire du 21 septembre 1985

Testament olographe d’Honorine Caire – 7 avril 1857

Je soussignée Claire Honorine Caire veuve Mille native de Toulon demeurant pendant la belle saison à ma campagne dite la Rouve près La Seyne (Var) et pendant l’hiver au dit Toulon, fille de feu Laurent Caire et de dame son épouse Victoire Alexandrine de l’Epine du Planty Caire.

Voulant disposer de mes biens après mon décès ai fait le présent testament olographe, renfermant mes dernières intentions, que j’ai entièrement écrit, daté et signé de ma main, ainsi qu’il suit.

Je recommande mon âme à Dieu et le supplie de me faire miséricorde.

J’institue pour mes héritiers mon neveu Adolphe Laurent Caire et mes deux nièces Marie et Louise Caire enfants de feu mon frère.

Je laisse à mon neveu ma propriété de la Rouve, terre, maison et toutes les dépendances.

A mes deux nièces l’argent et toutes mes créances.

Le mobilier de la Rouve appartiendra à mon neveu, l’argenterie et le linge seront partagés par parts égales, entre mes trois héritiers.

Je lègue à mes deux nièces l’usage personnelle des deux chambres du second étage, ayant chacune antichambre et situées au fond du petit couloir qui est à gauche de l’escalier. Cette jouissance n’est que pour elles et pour leurs maris sans qu’elles puissent louer ni céder leurs droits, qui s’éteindra à leur décès au profit de mon neveu ou à ses représentants.

Je lègue à ma filleule Honorine Béranger Binda à Marseille, deux mille francs à la charge de mon neveu.

Je lègue à ma filleule Clarisse Tardieu à La Seyne cinq cents francs payable par mes deux nièces.

Je casse et annule tout autre testament voulant que ce dernier, fait double, soit seul exécuté.

Toulon le 7 avril 1857.

Caire veuve Mille

Notés et références

Source : Lettre d'Henri Foulcher sur Laurent Caire du 21 septembre 1985

Villa La Tour à Briançon

La villa La Tour à Briançon a longtemps appartenu à la famille Fantin qui a pris le nom de Fantin-Latour.

Adelphe Arduin achète la maison. Le 8 avril 1838, il épouse Marina Brian, veuve de Jean-Joseph-Louis Chancel, et la famille Chancel s’installe à la villa La Tour.

Villa Aline à Briançon, anciennement villa La Tour
Villa Aline – Fondation Marius Chancel è 1896

Après le décès d’Adelphe et l’installation des Chancel dans leur nouveau chalet à Sainte Catherine, la villa La Tour est vendue et devient la sous préfecture.

En 1896, voulant donner un hospice à la ville de Briançon et la villa La tour étant mise en vente par la ville, Olympe Berthelot, veuve de Marius Chancel, achète la villa et la donne à l’hôpital en précisant que la maison s’appellera désormais Villa Aline, du nom de sa fille Aline Chancel née dans cette villa et décédée en 1889.

La ville de Briançon donne le nom d’avenue Marius Chancel à la rue qui passe devant la villa Aline.

Notes et références

Pascalis de la Sestrière, son frère et ses deux fils – Abbé Pellissier

Général Pascalis de la Sestrière (1755-1833) en 1804
Collection Madeleine Valéry

Jean-Dominique Pascalis père, d’abord procureur du roi à Barcelonnette, fut ensuite commissaire de guerre, subdélégué de l’intendant de la province et conseiller du roi.

Comme administrateur civil et militaire, il eut, pendant près d’un demi-siècle, une influence considérable dans les affaires heureuses ou malheureuses de notre pays.

En 1745, il offrait à la municipalité un moyen ingénieux pour doter la commune de maisons de ville. Deux ans après, il faisait la répartition de l’indemnité accordée par le roi victimes de l’incendie d’Allos en 1747. En tout temps, il avait la difficile mission de faire payer les contributions de guerre, d’obtenir de l’État les indemnités dues aux habitants pour fournitures militaires. Transféré, dans la suite, à Bayonne, il ne perdit pas de vue les intérêts de son pays natal.

Son frère, Charles Pascalis, prieur de la commanderie de Notre-Dame de Moulanes, fit aussi bénéficier son pays de ses talents et la confiance de ses concitoyens. Il fut envoyé à Paris, comme député, pour y négocier les payements promis depuis si longtemps par le gouvernement aux habitants d’Allos.

Le fils aîné de Jean Dominique Pascalis lui succéda comme commissaire de guerre, et il devrait commissaire ordonnateur de l’armée des Alpes, à Grenoble.

C’est en cette qualité qu’il forma à Allos deux compagnies, sous les ordres des capitaines Pélissier et Jaubert, et qu’il présenta, le 10 septembre 1789, un projet de confédération avec les communes de Colmars, de Bauvezer, Thoranne-Haute et de Thoranne-Basse, pour la défense de la haute vallée du Verdon, menacé d’une invasion de brigands.

Antoine Pascalis, son frère cadet, fut d’abord enrôlé dans la garde royale, appelée garde du corps, prit part ensuite à différentes expéditions militaires et parvint au grade de général.

D’après la tradition, c’est le général Pascalis qui a fait bâtir ou transformer la maison qui a appartenu ensuite à la famille de Hyacinthe Gariel, conseiller à la cour de Grenoble et dans la cours de laquelle la municipalité a fait construire une fontaine depuis 1884.

Le général Pascalis était un fervent chrétien ; il mourut à Marseille en odeur de sainteté.

Notes et références

Allos depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, Abbé Pellissier (Jean-Esprit)

Léoube

Les enfants Abeille en vacances à Léoube

Pendant les vacances, les enfants Angèle, Geneviève, Maurice, Germaine, Marcelle, Marinette et Louis Abeille retrouvaient à Léoube une bande de cousins ainsi que leurs tantes. Ils étaient logés à la villa Maria avec la famille Emile Vincent. C’était une époque où les congés n’existaient pas pour les messieurs. Sous la responsabilité de Madame Bosc, « Les petites » ainsi nommées, terme péjoratif pour ces enfants orphelins, se sentaient un peu à part… Les garçons bénéficiaient de plus de liberté.

Tout le monde se retrouvait le dimanche pour déjeuner au château. Les domestiques mettaient le couvert et il y avait un petit couteau tout seul de son espèce et convoité par tous les enfants. Quand par le sort il tombait sur un des « petits », subrepticement, une des mères de famille le mettait à un de ses enfants. Donc aucun des « petits » n’a jamais eu le couteau convoité !1

Le temps des melons – Souvenirs de Charles Vincent

Il y avait un moment l’été où la saison des melons battait son plein. Sur la terrasse s’installaient alors dans leurs fauteuils de rotin les oncles qui se faisaient apporter les cageots. Leur mission était de choisir ceux que l’on servirait à table. Ils tiraient dons leurs couteaux de leurs poches, creusaient chacun un triangle dans un melon, goûtaient, puis, selon leur décision,jetaient dans cageot vide l’objet de leur dégustation. Dans le cageot de droite, ils hurlaient « Bon pour les cochons », dans celui de gauche, « Bon pour la maison ». L’ennui, c’était que les oncles adoraient les melons et que leur dégustation s’étendait bien au delà des besoins de la table familiale. Au bout d’un moment s’en suivait inévitablement des besoins naturels que le seul cabinet du coin ne pouvait permettre à deux personnes à la fois de soulager. On entendait alors par celui qui restait à l’extérieur du « petit coin », des gémissements et des supplications à fendre l’âme : « Edmond, je t’en supplie, laisse moi la place, je te donnerai ce que tu voudras mais ouvre par pitié. » C’était un spectacle réjouissant que je n’ai jamais oublié, d’autant plus qu’il se renouvelait, la gourmandise des oncles étant plus forte que le souvenir des conséquences inévitables qu’elle procurait.

A table – Souvenirs de Charles Vincent

L’été, nous déjeunions dehors sur la terrasse bordant la mer. D’immenses draps de toile étaient installés, tombant du 1er étage et s’appuyant sur la rambarde de façon à amortir la violence de la réverbération. Leurs mouvements au fil de la brise évoquaient les voiles d’un navire et engendraient des rêves de voyages et d’aventures. Cependant, nous étions fort nombreux : il y avait une table de parents et une immense table d’enfants extrêmement bruyante. Au début de chaque été l’oncle Edme, qui était célibataire et n’aimait pas le bruit, se levait, tapait sur son verre et annonçait d’une voix forte : « J’offrirai un âne à celui d’entre vous qui ne parlera pas à table durant tout l’été. » L’effet était spectaculaire et pendant deux ou trois jours, un silence de bénédictin présidait aux repas. Mais la tentation était la plus forte, petit à petit la parole reprenait ses droits et s’épanouissait jusqu’à retrouver la cacophonie habituelle, et c’est ainsi que l’oncle Edme n’eut jamais l’occasion d’acheter un seul âne…

A la chapelle – Souvenirs de Charles Vincent

Nous avions une tante Marie qui était très pieuse. Elle avait entendue dans sa jeunesse une voix lui disant « Marie, Marie, ne te marie pas » et elle avait décidé que la multitude de ses neveux suffirait à son bonheur. Bien entendu nous étions impérativement convoqués à la chapelle pour d’innombrables cérémonies que nos parents trouvaient quelques fois abusives et c’est ainsi qu’on assistait à l’occasion des vêpres notamment à la scène suivante. Tante Marie rentrait majestueusement dans la chapelle et s’installait au premier rang suivie par tous les oncles qui formaient comme un mur derrière elle, puis venaient en désordre le reste de la famille dont la horde de cousins qui s’installaient au fond. L’office commençait et l’un des oncles faisait au bout d’un moment avec la main un geste impératif désignant la porte de la sacristie ouverte et comme des sioux, en silence et en bon ordre, nous nous glissions dehors retrouver avec bonheur le soleil, la lumière impérieuse et les poursuites dans les les bois. Tante Marie vécut très longtemps faisant bénéficier de sa générosité tous ceux que la vie avait meurtris et qu’elle pouvait rencontrer. Elle trouvait que notre famille avait été très gâtée par la vie et priait assidument pour que ses neveux soient pauvres. Mon père disait qu’elle y était remarquablement parvenue.

Histoire de Léoube par Frédérik Lantelme

Le domaine de Léoube faisait partie, au XVIème siècle, du marquisat de Brégançon situé sur le territoire de la commune de Bormes, il est limité au sud sur une longueur de plus de 3 km par le rivage de la rade d’Hyères.

Il appartenait à François Bogogni qui le donna à son gendre en 1619. La descendance de ce dernier s’étant éteinte en 1745, Léoube fit retour à l’État qui dut le rétrocéder aux créanciers.

Ce fut Simon Segard, bijoutier à Paris, qui l’acquit, mais il le revendit l’année suivante, en 1746, aux frères Brémond qui se firent appeler Brémond de Léoube et le conservèrent jusqu’en 1840, date à laquelle ils le vendirent à Émile Gérard, âgée de 38 ans, fils de Joseph Dominique.

Le château date du XIVème siècle (donation par la reine Jeanne en 1348, comtesse de Provence et de Forcalquier) et il a fait l’objet de plusieurs restaurations en 1731 et 1883.

Léoube – Chemin de Pierre Blanche – Dessin à la plume d’Émile Vincent

Construit sur une éminence, sur son sol se développe une végétation exubérante de pins d’alep et de pins maritimes, de chênes-liège et de châtaigniers, vignes, oliviers et de toutes sortes de plantes odorantes répandues sur la Côte d’Azur, propre à inspirer Émile Vincent (1828 1907) (neveu d’Émile Gérard) qui nous laissera de nombreux tableaux, dessins et fusains, cités par Henri Vincent dans son ouvrage sur son père : Léoube, plage du Pellegrin (fusain), Chemin sous bois dans la forêt de Léoube (dessin à l’encre de Chine), Chemin de Pierre Blanche Léoube (dessin à la plume).

Le château, (on a une très belle vue sur la rade et les îles d’Hyères), comprend des appartements spacieux ; rez-de-chaussée, un grand salon et une salle à manger pouvant contenir 30 à 40 personnes. Au premier et deuxième étage : 18 chambres. Dans sa cave, on peut loger plus de 3000 hectos.

Les communs comprennent deux écuries et deux remises pouvant abriter une dizaine de chevaux. Une bergerie de 200 moutons.

Les récoltes de 1920 ont été les suivantes :  vin (3000 hectos), avoine (16 000 K.), fourrage (40 000 K.), pêche (5 000 K.), etc…

La superficie du domaine est d’environ 610 hectares, 500 en forêts, 54 vignobles, 25 en terres labourables, 31 bâtiments, parcs, chemins, etc…

Le parc est planté de magnifiques palmiers, d’eucalyptus gigantesques, d’une grande variété de mimosas et d’arbres exotiques.

Les descendants d’Émile Gérard ont du s’en séparer, la propriété a été mise en adjudication devant le tribunal de Toulon le samedi 23 avril 1921 sur la mise à prix d’un million de francs. Acquéreur : Messieurs Engelsen et Lebel.

Mise en vente de Léoube le 23 avril 1921 – Collection Marc de Raphélis-Soissan

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Notes et références

  1. Récits d’Annie Séjourné et de Mireille Caire
  2. Trois familles provençales : Vincent – Gérard – Benet – Frédérik Lantelme – 1988 (pages 315 et 316)

Ventes de terrains par les Pascalis – Juin 1858

Étude de Me Barrême, avoué, rue du Collège, 12. Purge d’hypothèques légales.

Par actes des dix et vingt-trois juin mil huit cent cinquante-huit, notaire Millard, à Lançon, Mme Marie-Élisabeth-Gabrielle Maurin, veuve de M. Antoine-André-Claude Pascalis, vivant maréchal de camp en retraite, domicilié à Lançon ; M. Simon-Jude-Adolphe Pascalis, négociant, domicilié à Marseille ; M. Paul-Stanislas-Fortune Pascalis, ingénieur, domicilié à Gray (Haute-Saône) ; Mme Marie-Cécile Pascalis, veuve de M. Louis-Laurent Caire, domiciliée à Marseille ; Mme Eugénie-Félicie-Geneviève Pascalis, épouse de M. François-Honoré-Alexandre Serré, propriétaires, domiciliés à Aix, ont vendu : 1° au sieur Lazare-Adolphe Rougon, aubergiste, domicilié à Laçon, au prix de trois mille sept cents francs, une contenance fixe de cinquante ares, cinquante centiares, faisant partie d’un pré, sis au terroir de Lançon, quartier de Maguavaou ou Gardette ; 2° au sieur Jean-Victor Devoux, agriculteur, domicilié à Lançon, au prix de quatre mille huit cents francs, une contenance fixe d’un hectare quatre-vingt-onze ares et dix-sept centiares, terre labourable, sise au même terroir, quartier du Chemin-de-Saint-Chamas ou du Mazet, dite terre des Chèvres, et 3° à la dame Magdeleine-Joséphine Saint Martin, épouse du sieur Louis-Auguste Rœuf, charron, domiciliè à Lançon, au prix de cinq mille quatre cent francs, 1° une contenance fixe de un hectare six ares, terre labourable, sis au terroir de Lançon, quartier du Mazet, dite en partie la Pointe ; et 2° une autre contenance fixe de cent seize ares quatre-vingt centiares, en oliviers, mêmes terroir et quartier – Du trois septembre mil huit cent cinquante huit, dépôt au greffe du tribunal civil d’Aix. Du quatre dudit, signification à M. la procureur impérial, près ledit tribunal, avec la déclaration prescrite par l’avis du conseil d’État du neuf mai mil huit cent sept.

L. Barrême, avoué

Étude de Me Heirieis, avoué, rue des Épinaux, 9. Purge d’hypothèques légales.

Par acte du huit juin mil huit cent cinquante-huit, notaire Millard à Lançon, le sieur Jacques Lion, marchand de comestibles, domicilié à Lançon, a acquis au prix de douze cents francs, du sieur Simon-Jules- Adolphe Pascalis, négociant, domicilié et demeurant à Marseille, une propriété sise au terroir de Lançon, quartier du Moulin-de-Cornille ou Roquille, partie complantée d’oliviers et d’amandiers et partie inculte, contenant un hectare trente-neuf ares cinquante centiares. – Par acte du neuf juin mil huit cent, cinquante-huit, même notaire, le sieur Jean-Joseph Bousquet, propriétaire cultivateur, domicilié à Lançon, a acquis au prix total de quatre mille francs, savoir : dudit sieur Simon-Jude Pascalis, au prix de trois mille six cents francs, une propriété sise sur les terroirs de Lançon et de Salon, quartier des Tamarisses, eu terre labourable, de la contenance de un hectare quatre-vingt-six ares vingt-quatre centiares; et de la dame Marie-Elisabeth-Gabrielie Maurin, propriétaire, veuve de M. Antoine-André-Claude Pascalis, vivant maréchal de camp en retraite, domiciliée à Lançon, au prix dé quatre cents francs, une vieille bergerie avec bassecour, ses attenances et dépendances, sise au terroir de Lançon, quartier du Mazet, dite Bergerie des Chèvres. Par autre acte du même jour, même notaire, le sieur Jean-Joseph-Pilavène, propriétaire-cultivateur, domicilié a Lançon., a acquis au prix de deux mille cent quatre-vingt-deux francs quatre-vingt-trois centimes, 1° de ladite dame Maurin, veuve Pascalis ; 2° dudit sieur Adolphe Pascalis ; 3°du sieur Paul-Stanislas-Fortuné Pascalis, ingénieur, domicilié à Gray (Haute-Saône) , et 4° de la dame Marie-Cécile Pascalis, veuve de M. Louis Laurent Caire, propriétaire, domiciliée à Marseille, la contenance fixe de cinquante-six ares treize centiares, à prendre sur plus forte, sise au territoire de Lançon, quartier du Mazet, complantée d’oliviers et de quelques mûriers. Par autre acte du même jour, même notaire, le sieur Jean-Louis Monge, propriétaire cultivateur, domicilié à Lançon, a acquis des susnommés, au prix total de neuf cents francs, 1° une propriété, sise au terroir de Lançon, quartier des Ferrages ou Saravaou, en terre labourable, complantée de quelques mûriers, contenant douze ares trente-huit centiares ; 2° une autre propriété, sise au terroir de Lançon, quartier du Chemin de-Grans, en terre labourable, complantée d’amandiers, contenant environ cinquante-six ares. Enfin, par acte du douze dudit mois de juin, notaire Ollivier à Pélissanne, le sieur Jean-François Granier, propriétaire cultivateur, domicilié à Lançon, a acquis au prix de cinq mille francs, dudit sieur Adolphe Pascalis, une portion à prendre, du côté du couchant, sur une propriété de terre labourable complantée de quelques mûriers, de la contenance fixe de deux hectares soixante-deux ares; quatre-vingt-douze centiares, sise sur le territoire de Lançon, au quartier du Plan, dite Camp, se composant, ladite portion vendue, de toute la partie de ladite propriété située sur le territoire de Salon. et d’une partie de la surface sise sur le terroir de Lançon. Du trente-un août mil huit cent cinquante-huit, dépôt au greffe du tribunal civil d’Aix d’une copie collationnée de chacun des actes notaire Millard, d’une expédition de l’acte notaire Ollivier, et d’un extrait analytique de tous lesdits actes. Du quatre dudit mois d’août, signification dudit acte de dépôt à M. le procureur impérial près ledit. tribunal, avec la déclaration prescrite par l’avis du conseil d’État du 9 mai 1807.

G. Heirieis, avoué.

Notes et références

La mémorial d’Aix, journal politique, littéraire, administratif, commercial, agricole et feuille officielle d’annonces légales, Dimanche 5 septembre 1858

Victor Pellissier, d’après l’Histoire d’Allos depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours

Victor-Adolphe Pellissier, général de division auxiliaire et député de Saône-et-Loire, appartient à une famille originaire du hameau d’Allos appelé Montgros.

Il naquit en 1811, à Mâcon, où Jean-Jacques, son père, avait fixé sa résidence et s’était fait une position honorable dans le commerce.

Jean-Jacques Pellissier avait deux frères. Le cadet le suivit à Mâcon.

L’aîné du juge de paix à Allos et se fit remarquer par la prudence et la sagesse de ses jugements dont on parle encore aujourd’hui.

Jean-Jacques eut cinq enfants, dont l’un, le futur général, reçut au baptême le nom de Victor-Adolphe et voulut être soldat, tandis que son frère Antoine se destinait à l’état ecclésiastique, devenait prêtre de Saint-Sulpice et aumônier d’une maison religieuse à Angers, après avoir passé de longues années au Canada.

Victor-Adolphe fit ses études au collège des jésuites de Dôle (Jura), entra à l’école polytechnique en 1832, en sorti sous-lieutenant d’artillerie et fut envoyé à Metz.

En 1845, il était capitaine, il fut chargé d’examiner les fortifications des Alpes. C’est pendant le cours de cette inspection militaire qu’il visita, pour la première fois, le pays natal de son père.

Il était chef d’escadron en retraite, lorsque la guerre éclata, en 1870, entre la France et la Prusse.

Le patriotisme dont il était animé ne lui permettant pas de laisser son épée au fourreau, au moment où la France était exposée aux plus grands dangers, il reprit du service, malgré ses 59 ans, fut nommé colonel général de brigade en 1870, général de division, en face de l’ennemi, en 1871.

Le 8 février 1871, les concitoyens du général Pellissier, persuadés qu’il saurait les défendre au Conseil général de la Chambre des députés comme sur les champs de bataille, le nommèrent membre du conseil général et député à l’Assemblée nationale. Ils ne furent point déçus dans leurs espérances ; le général savait, tour à tour, porter la parole et l’épée, et l’on ne peut lire sans émotion, notamment, le discours qu’il prononça à la tribune, le 19 juillet 1873, sur l’organisation du service religieux dans l’armée de terre :

« Messieurs, dit-il, le projet de loi présentement soumise à vos délibérations a pour but de remplir une lacune qui existait, depuis plusieurs années, dans notre organisation militaire et de donner satisfaction aux justes réclamations d’un grand nombre de citoyens français…, qui demandent une institution pour faciliter à leurs enfants les moyens de conserver à l’armée les principes qu’ils ont reçus dans leur famille…

La partie importante du culte religieux ne consiste-t-elle pas dans les instructions et les exhortations qui doivent entretenir et raviver dans l’âme légère qui ont été déposée par une éducation religieuse ?

Sans doute, le militaire pourrait entendre les instructions faites dans les églises paroissiales où il a accès. Mais les instructions sont-elles bien à son usage.

Que pourrait-il s’approprier dans ses enseignements adressés à une population si différente de lui par ses devoirs, ses mœurs et sa manière de vivre ?

Et, d’autre part, éloignés de leurs confidents naturels, nos pauvres soldats n’ont-ils jamais besoin de ces épanchements intimes, de ses consolations particulières qui, dans les moments pénibles, aident à supporter l’existence ? Le malheur, hélas ! n’épargne personne ; à plus forte raison, doit-il atteindre ces malheureux jeunes gens, enlevés si brusquement à leurs habitudes et à leurs familles, qui, dans les premiers moments, ne pouvant en comprendre la portée, ne voient dans la discipline militaire que l’inflexible niveau de l’esclavage ?…

C’est pour remédier à ces inconvénients que les pétitionnaires vous demandent la création de paroisses militaires et l’organisation du service religieux dans tous les lieux de rassemblement des troupes.

Messieurs, le principe de la liberté de conscience une fois admise et la liberté individuelle assurée, qu’elle inconvénients trouverez-vous donc à ce que chacun connaisse ses idées (par la profession de sa foi et la fidélité à la religion) ?

Pour assurer aux sceptiques l’incognito, faudra-t-il que le croyant mettre sa conscience dans sa poche, et devrait-il renoncer aux avantages que lui procure le service religieux ? »

Le général Victor Pellissier aimait donc les soldats comme un père aime ses enfants, et voulait leur assurer les conseils et les encouragements d’aumôniers militaires, dans les épreuves qui les attendent, surtout à l’arrivée au régiment.

En 1872 visita de nouveau les Alpes et séjourna à Allos, où il voulut voir tous ses parents.

Quoiqu’il ne fît plus partie de l’armée active, il s’occupait toujours, depuis l’amputation de l’Alsace et de la Lorraine, de l’organisation de la défense de nos frontières de l’Est. Il était encouragé et aidé, dans cette patriotique entreprise, par deux de ses anciens camarades de l’école polytechnique : les généraux Charenton, du génie, et de Cissey, ministre de la guerre.

En 1875, lorsque la France craignait une nouvelle agression prussienne, le ministre de la guerre fit appel à son dévouement pour organiser le 8e régiment territorial à Bourges. Il accepta sans hésiter, ne voyant dans ce qu’on lui proposait, que le bien de son pays, et lui consacra ses soins jusqu’en 1878, où il renonça définitivement au service militaire.

Le général Pellissier a écrit l’Histoire des mobilisés de Saône-et-Loire (1870-71), cet ouvrage lui a ouvert les portes de l’académie de Mâcon.

Ses rapports avec Garibaldi, qui alors commandait, hélas ! les mobiles des Basses-Alpes, ne furent pas toujours faciles, surtout depuis le jour où il fit rendre à l’évêque d’Autun les chevaux qu’on lui avait pris : c’était la lutte entre la justice et la spoliation.

Son corps repose dans le modeste cimetière du village de Chaintré, où il est mort en 1884.

Il laisse un fils adoptif, M. Saint-Rémy Pellissier, établi à Marseille depuis 1871.