Louis de Raphélis-Soissan (1852-1918)

Naissance et enfance

Louis de Raphélis-Soissan1 naît le jeudi 4 mars 1852 au domicile familial rue de l’Évêché à Cavaillon (84). Il est fils posthume, son père Charles, étant décédé le 28 novembre 1851 à Hyères. Sa mère est Louise de Seytres-Caumont.

Il est le dernier de la fratrie, sur ses sept frères et sœurs, trois seulement arriveront à l’age adulte : Edgard, Casimir et Maurice.

1859 - Casimir, Louis, Louise (née de Seytres-Caumont), Maurice et Edgar de Raphélis-Soissan - Collection Michel de Raphélis-Soissan
1859 – Casimir, Louis, Louise (née de Seytres-Caumont), Maurice et Edgar de Raphélis-Soissan – Collection Michel de Raphélis-Soissan

Il a pour oncles et tantes, du côté Raphélis-Soissan : Maurice (1803-1876), père Jésuite à Lyon et à Aix, Antoinette (1806-1874) mariée à Jules Reinaud de Fonvert, Eugénie (1807-1867), mariée à Valère Martin, Léon (1809-1876), célibataire qui boutonnait sa veste de travers, Françoise (Fanny) (1809-1871) et Iphigénie (1815-1883), religieuse du Sacré-Cœur à Aix. Et du côté Seytres-Caumont : Pauline (1812-1870) mariée à Gustave de Laborde et Marianne (1820-1890) mariée à Gabriel de Laborde.

A douze ans, il perd sa mère. Son oncle Valère Martin est son tuteur.

A treize ans, il attrape une mauvaise bronchite. Son frère Edgard le soigne avec beaucoup de dévoiement. Il guérit mais Edgard est à son tour contaminé et décède le 12 décembre 1865.

Etudes

Il a d’abord fait ses études au collège des Jésuites d’Avignon d’où il a été renvoyé. On le retrouve en 1869 au collège Saint Joseph de Poitiers où, d’après la lettre suivante, il n’est pas rester très longtemps :
Merci de votre complaisance, mon pauvre de Raffélis, et je suis bien aise d’avoir de vos nouvelles, car j’étais dans l’anxiété, je questionnais tous mes élèves pour savoir où vous pouviez être passé et personne n’en savait rien. En arrivant le matin de votre départ, Lemaitre me dit : « Ah! Mr Seghers, je pense bien que vous ne reverrez plus de Raffélis, il a eu des affaires avec le f…. de Brie et il est enfermé » mais personne ne connaissait la vraie cause. Le jour de votre départ, qui n’a été connu que le mercredi, les grands étaient en révolution et pendant les récréations j’ai vu qu’il y avait des sentinelles dans tous les coins, entr’autres de la couture (?). Vous voyez que j’avais raison de vous dire de prendre garde. Hier et aujourd’hui j’ai dit à mes élèves et à quelques autres que vous leur disiez bien des choses aimables, que vous étiez chez vous et que vous iriez à Lyon pour vous préparer au bachot. J’ai fait votre commission pour votre musique.

Un jeune zouave (pontifical), revenu de Rome, vient d’entrer en Rhétorique, II a 20 ans et se nomme je crois de Lescene ; rien de nouveau à Poitiers. J’ai reçu votre lettre dimanche matin et les graines le soir, merci, merci mille fois mon ami, et si je ne craignais pas d’abuser de votre complaisance je vous demanderais de m’envoyer, non pas des melons, mais seulement des graines de différentes espèces. Je voudrais aussi que vous m’indiquiez à quelle époque on doit semer et récolter les blancs d’Espagne. Je vous envoie mon portrait, puisse cette faible image vous rappeler combien l’original vous aime pour votre franchise, votre complaisance et surtout votre bon cœur. (Poitiers le 23 novembre 1869 signé Vital Seghers).

Une autre lettre datée du 3 décembre 1869 donne quelques indications complémentaires sur le motif du renvoi : …Allons, mon cher Louis, vous n’oublierez pas Saint Joseph, quand même, n’est ce pas ? Il est de ces fautes qui forcent les supérieurs à prendre des mesures bien graves et qui, cependant, n’impriment aucune trace sur le front de celui qui en a été la malheureuse victime. Un coup de tête, une parole d’un diapason discordant, échappent bien vite à un enfant du Midi. La tête ne consulte pas toujours le cœur… (A. Ougzy).

Le jeune Louis qui a 17 ans doit se mettre à la recherche d’un gîte et d’une « boite » (à bachot) et il reçoit notamment les renseignements suivants : « Si tu veux travailler, je te conseille de te mettre chez Mr le Commandant d’artillerie Favre. C’est un homme supérieur pour les sciences et il te trouvera un répétiteur pour les lettres. Tu seras chez ce monsieur en famille tout à fait. Tu seras libre, seulement tu ne pourras pas sortir la nuit. Il renvoya un jeune homme de chez lui parce qu’il ne faisait rien et avait découché. A mon avis tu serais mieux là que partout ailleurs, seulement il faudrait te conduire dignement. Tu lui demanderais franchement d’aller au théâtre que, je le crois, il ne te refuserait pas… Le prix est de 200 frs par mois. D’ailleurs dans toutes les boites c’est le tarif Je ne parle pas de l’institution Chevalier où un jeune homme qui se respecte ne devrait pas mettre les pieds. On n’y fait rien, la nourriture est mauvaise, la jeunesse mal élevée et le prix est de frs 200.

Pour moi voici ce que je te conseillerai. Prendre une chambre en ville, puis aller chez le commandant et prendre des répétitions de sciences chez lui et de lettres chez Mr Domeck… Tu serais de cette façon chez toi. Pour 100 francs tu trouveras parfaitement à te caser, 25 frs la chambre, 85 à 90 frs pour la nourriture, il te restera 100 frs pour les répétitions ce qui serait très suffisant. De plus je vais te donner un bout d’écrit que tu montreras à Henry Orsel qui se mettra à ta disposition pour t’aider à trouver ce que tu désireras. » (Villefranche 20/11/1869 signé Louis).

De nombreuses lettres de remontrance envoyées par son tuteur Valère Martin à Louis témoignent des difficultés que ce dernier a pour boucler ses fins de mois.

  • Cavaillon 2/02/1870 : Je t’envoie, mon cher Louis, suivant tes vœux finement exprimés, 250 frs, c’est à dire 50 frs de plus que les conventions. Il faut bien que tu puisses bourrer ta pipe ! Et toutefois je ne sais comment nous ferons pour arriver à la fin de l’année…
  • Cavaillon 17/02/1870 : J’ai reçu avant hier une lettre de Mr Maréchal m’annonçant ton congé accompagné d’un compte de 270,75 frs. Je n’ai pas de réflexions à faire sur cet état de chose malheureux. J’attends des explications promptes sur ce qui se passe. J’espère que tu n’as pas perdu un moment pour te caser ailleurs. Mais dois-je payer ?
  • Cavaillon 30/04/1870 : Tu as tort de supposer que je vais te sermonner en recevant ta demande de 300 frs. Je t’ai déjà dit la dessus ce que je devais te dire, à savoir que tes dépenses excédaient tes revenus et qu’il était urgent de mettre fin le plus rapidement possible à ce système…
  • Cavaillon 12/07/1870 : …Le conseil de famille ne m’autorise pas à payer les dettes que tu as faites, si ce n’est au moyen de tes revenus. Or la caisse de la tutelle est vide et elle le sera pendant quelque temps encore. Voilà ce que tu ignorais et que j’ai hâte de t’apprendre. Je t’engage à en informer tes créanciers immédiatement. lis se convaincront que tu étais de la meilleur foi du monde en leur promettant de les payer sous brefs délais…

Il semble cependant que Louis ait une fortune « considérable » comme l’écrit un de ses amis dans une lettre, mais constituée essentiellement de biens fonciers souvent en indivision avec ses frères et ses cousins de Laborde-Caumont.

A 17 ou 18 ans il se plaint à plusieurs reprises de ne pas obtenir de son oncle et tuteur de comptes précis, mais ce dernier pour faire face aux échéances de ses neveux paie parfois pour l’un avec l’argent d’un autre, et il n’a pas le temps de rendre de comptes précis.

Ainsi, dès son adolescence, Louis doit-il se préoccuper de questions d’argent en ayant le sentiment, à tort ou à raison, d’être grugé. Et, comme les affaires de famille sont souvent embrouillées en raison de l’existence de biens en indivision, de prêts entre oncles et neveux ou entre cousins…, il est amené en plusieurs occasions tout au long de sa vie à s’opposer assez vivement à d’autres membres de la famille, voire à aller en justice.

Il y avait d’abord la dette contractée par un cousin de Laborde à qui Louise de Seytres-Caumont, mère de Louis, avait prêté une somme peu avant son décès et qui écrivait du mas d’lcard le 02/07/1872 : Je comprends à merveille que vous désiriez ainsi que Maurice et les autres représentants de votre chère mère toucher le plus tôt possible les 5.000 frs qu’elle m’avait prêtés ainsi que les intérêts échus jusqu’à ce jour. Sans la solidarité qui vous lie et que vous m’avez signalée dans votre précédente lettre, il m’eut été plus facile de vous désintéresser successivement, les uns après les autres. Mais puisque, d’après vous, les termes de votre acte de partage s’y opposent, votre tante et moi ne négligerons rien à dater de ce jour pour nous conformer le plus tôt possible à vos désirs. Je vous remercie infiniment de tous les bons procédés, ainsi que des témoignages d’affection dont vous usez envers nous en cette circonstance. Mais je vous prierai de nous aider de votre coté à réaliser toutes nos ressources disponibles en envoyant sans retard au notaire de Caumont les procurations indispensables pour retirer les revenus accumulés entre les mains des accapareurs des îles de Caumont. J’ai fait en particulier de grands sacrifices pour devenir avec vous les propriétaires de ces îles et de leurs revenus et c’est bien le moins que nous nous entendions tous pour profiter après 12 ans de cette coûteuse victoire… J’ai eu de vos nouvelles il y a quelque temps, on m’a dit que vous étiez resplendissant de santé.

Et une nouvelle lettre était datée du 17/07/1872 : … Je réponds à ta lettre. Même avant de l’avoir reçue, nous avons cherché activement à vendre le foin afin de satisfaire ta demande fort juste, surtout dans les circonstances où vous vous trouvez. Malgré toutes nos recherches il nous a été impossible de vendre encore, les courtiers avec qui nous traitons ordinairement n’ont pas de demande, ce qui les force, eux aussi, à attendre pour acheter. Nous sommes bien peinés de ne pouvoir envoyer les intérêts que tu nous demande pour ce mois-ci. C’est je t’assure un grand regret pour nous de n’être pas en mesure de le faire malgré notre désir et nos efforts. Tu ne dois pas douter du plaisir que nous aurions à vous être agréable et nous ne pouvons, ton oncle et moi que vous remercier tous les trois des facilités que vous nous donnez… etc… etc.

Mariages

Le 17 mars 1873, à 21 ans, il épouse Claire Reinaud de Fonvert. Ils ont un fils, Charles de Raphélis-Soissan, né le 29 décembre 1873 et décédé le lundi 25 avril 1904 à Saint Tropez à l’âge de 29 ans.

Claire Reinaud de Fontvert et Louis de Raphélis-Soissan en 1873

Le 4 janvier 1874, huit jours après la naissance de Charles, Claire décède à Saint Tropez.

Le 29 août 1876, Louis épouse en secondes noces Gabrielle Gérard de Lubac, née le jeudi 15 mai 1856 à Apt (84), deuxième enfant de Eugène Gérard de Lubac et de Claire d’Agnel de Bourbon.

De ce second mariage naissent trois enfants :

  1. Louis de Raphélis-Soissan, né le mercredi 7 août 1878 et décédé le samedi 11février 1950 à Marseille à l’âge de 71 ans.
  2. Gabrielle de Raphélis-Soissan, née le dimanche 23 novembre 1879 et décédée en janvier 1978 à Aubagne à l’âge de 98 ans.
  3. Jean de Raphélis-Soissan, né le vendredi 30 juin 1893 à Marseille (13) et décédé à Paris le 28 novembre 1984, à l’âge de 91 ans.

« Papa était le plus jeune de nous tous » diront ses enfants. En fait il a une bonne carrure à en juger par un de ses costumes retrouvé récemment.

Louis de Raphélis-Soissan (1852-1918)

C’est un bon vivant qui aimait plaisanter, « chahuter » quand il est adolescent (« de Soissan prenez la porte ! » lui dit un professeur et Louis d’enlever la porte de ses gonds), ce qui explique ses nombreux renvois de collèges.

Il aime la chasse, la bonne chair, le verre d’absinthe pour terminer l’après-midi… Sa nature généreuse le prédispose à l’emportement, défaut contre lequel son oncle Maurice, Jésuite, le met en garde à plusieurs reprises, en vain. « Tête chaude mais bon cœur » disent de lui ses éducateurs. Au cours de ses colères il lui arrive de casser son assiette lorsqu’il est à table ce qui provoque les pleurs de sa première épouse, la fragile Claire Reinaud de Fonvert. Il refait le coup avec sa seconde femme, Gabrielle de Lubac, qui cependant ne se laisse pas impressionner et casse elle-même le reste de la vaisselle à la stupéfaction de son mari qui lui en gardera une profonde admiration.

Société du Fendeck

Le ménage de Louis et de Gabrielle part assez vite en Algérie puisque le 3 août 1877 l’oncle Valère Martin adresse là-bas une lettre à sa nièce.

Une concession avait été accordée en 1857 à la Société du Fendeck pour la mise en état et l’exploitation d’une forêt de chênes liège de 20.840 hectares. Elle était située dans le Constantinois au nord de Jemmapes, nom d’une bourgade créée au moment de la colonisation à 31 km de Skidda qui s’appelait alors Philippeville. C’était un massif (djebel Filfilah) de moyenne montagne qui s’étendait jusqu’à la mer.

Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon, grand-père de Gabrielle, avait pris des parts dans cette société.

Pendant les dix premières années de celle concession il avait fallu débroussailler, créer des chemins, construire des maisons, des hangars et des postes de garde et démascler les chênes, opération qui consiste à enlever la première écorce qui ne vaut rien. Le 18 juillet 1861 le gouverneur général d’Algérie avait adressé un témoignage de satisfaction pour l’œuvre accomplie.

Mais en 1863, 1864, 1865 et 1871 de terribles incendies criminels anéantirent une partie de la concession et la Société du Fendeck demanda à être indemnisée et exonérée du paiement des redevances. Elle n’obtint satisfaction que très partiellement.

En 1872 cependant, la production de liège avait atteint presque 305 tonnes. C’était l’époque où la colonisation du Constantinois prenait forme, grâce en particulier à l’arrivée de nombreuses familles d’Alsace-Lorraine ainsi que le rapporte un journal d’alors : Il ne paraît pas que les Alsaciens s’habituent au joug prussien, puisque l’émigration continue sans interruption et persiste à se diriger même sur l’Algérie, où de longues misères attendent les nouveaux colons… Onze familles d’immigrants sont installées (près de Jemmapes) dans des gourbis en pierre et en maçonnerie de terre sèche, recouverts de tulles rouges… Une famille est très pauvre, mais elle travaille ferme. Elle se compose de quatorze personnes, le père, la mère, et douze enfants dont l’aîné a vingt-trois ans et le plus jeune est un nourrisson. L’Algérie était peu peuplée à cette époque et les colons ont mis en valeur des terres qui auparavant étaient peu ou mal exploitées.

C’est dans ce pays de pionniers que débarque Louis de Raphélis-Soissan pour prendre la gérance de la Société du Fendeck. Il s’y plaît beaucoup.

Bon fusil et bon cavalier, il est aimé et respecté de ses contremaîtres et ouvriers arabes.

Marseille

Il rentre en France aux alentours des années 1890, ses enfants, Louis et Gabrielle, supportant mal le climat.

Il s’installe alors à Marseille, au chalet Saint Georges à Saint Just, Marseille. Il travaille comme agent d’assurance de compagnies anglaises. Très ponctuel, il arrive à son bureau en même temps que ses employés le matin et lorsqu’il aura son fils Jean comme stagiaire, il ne tolérera pas ses retards. En revanche il quitte son travail assez tôt l’après-midi et a l’habitude de retrouver au café des collègues avec qui il joue aux cartes en buvant de l’absinthe.

Il meurt à Marseille le 23 décembre 1918.

Notes et références

  1. Charles de Raphélis-Soissan, Histoire et généalogie de la famille de Raphélis-Soissan et des familles alliées, inédit.