Ancien zouave pontifical, puis élève de Saint-Cyr, Casimir de Raphélis-Soissan devient sous-lieutenant au 99e régiment de ligne en juillet 1870. Trois semaines plus tard, il disparaît à la bataille de Frœschwiller, le 6 août, à l’âge de vingt-deux ans. Ses lettres, son testament et les recherches de ses proches permettent de suivre les derniers mois d’une vie interrompue alors qu’il préparait aussi son mariage.
Une enfance en Provence
Léon Maurice Casimir de Raphélis-Soissan naît le 28 février 1848, à neuf heures du matin, au domicile de ses parents, rue de l’Évêché à Cavaillon. Son père, Charles de Raphélis-Soissan, propriétaire âgé de trente-quatre ans, déclare sa naissance le lendemain. Sa mère est Louise de Seytres-Caumont.1
Un tableau familial daté de 1859 le représente, à gauche, auprès de sa mère et de ses frères Louis, Maurice et Edgard. Casimir a alors environ onze ans.

Il reçoit son éducation dans plusieurs établissements jésuites : Saint-Joseph à Avignon de 1857 à 1864, Saint-Michel à Saint-Étienne de 1864 à 1866, puis Saint-Clément à Metz en 1866-1867.2
Chez les zouaves pontificaux
À la suite de son frère aîné Edgard, Casimir choisit de servir dans les zouaves pontificaux, le corps de volontaires chargé de défendre les États du pape. Il s’engage le 9 novembre 1867 sous le matricule 4771. Il y est nommé caporal le 21 décembre suivant. Son frère Maurice s’engage le même jour, sous le numéro immédiatement suivant.3
Cette date d’engagement le place après la bataille de Mentana, livrée le 3 novembre 1867. Contrairement à ce qu’affirmera une notice du Figaro après sa mort, sa participation à ce combat ne doit donc pas être retenue.
Son séjour en Italie est bref. Dans une lettre adressée de Monterotondo à son ami Poisat, le 14 janvier 1868, il explique que les affaires familiales l’appellent à Avignon et qu’il se sent responsable de son plus jeune frère, Louis :
« Mais mon frère me retient, personne n’étant là pour remplacer le tuteur qu’il vient de perdre. Je vais donc retourner à St Clément et tâcher de me faire recevoir à St Cyr. »
Il envisage ainsi de reprendre ses études à Metz et de préparer le concours d’entrée à l’école militaire.4
Saint-Cyr, promotion de Suez
Casimir est reçu au concours de Saint-Cyr de 1868, au 21e rang dans l’ordre de mérite. Il appartient à la promotion de Suez, scolarisée de 1868 à 1870.5
Ses lettres à Louis font connaître un élève pris par ses examens, mais attentif à ses proches. Le 13 avril 1870, il discute longuement des horaires de train : il voudrait s’arrêter à Lyon pour voir son frère avant de rejoindre la Provence, mais le trajet, ses obligations à Cavaillon et à Avignon, et le peu d’argent dont il dispose compliquent ce projet. Il espère pouvoir s’arrêter au retour et confie avoir « fièrement besoin de me reposer ».6
Le 13 juillet, il souhaite à Louis de réussir ses examens et se réjouit à l’idée de le retrouver à Lyon. Il doit lui-même affronter ses examens définitifs et l’inspection générale. Rien, dans cette lettre, ne laisse encore prévoir l’interruption immédiate de sa scolarité.7
Un mariage en projet
Au printemps de 1870, Casimir est fiancé à sa cousine germaine Louise de Fonvert, fille de Jules Reinaud de Fonvert et d’Antoinette de Raphélis-Soissan. Louise est la sœur de Léontine, qui épousera Maurice, le frère de Casimir.
Dans une lettre non datée, elle annonce le projet à Louis : « dans peu de mois je devrai t’appeler mon frère ». La guerre empêchera ce mariage.8
Juillet 1870 : nommé officier et envoyé au régiment
Deux jours après sa précédente lettre, le ton change. Le 15 juillet, Casimir écrit à Louis :
« Nous venons (les anciens) d’être nommés officiers pour nous rendre immédiatement à nos régiments. »
Les élèves de deuxième année de la promotion de Suez sont en effet nommés sous-lieutenants le 15 juillet 1870, au lieu du 1er octobre, et dirigés vers leurs unités. Casimir doit s’équiper en quelques jours, passer par Paris et rejoindre le 99e régiment de ligne. Il cherche encore à ménager une rencontre avec Louis, à la gare de Lyon ou à son adresse, rue de Bourbon. Mais les transports militaires bouleversent les horaires et il ignore s’il pourra revoir la famille avant de partir.9
L’affectation au 99e est confirmée par l’inventaire des dossiers d’officiers du Service historique de la Défense, où il figure sous ses prénoms complets, Léon Maurice Casimir. Son dossier porte la cote GR 5 YE 19610.10
Le testament du 28 juillet 1870
Le 28 juillet, à Avignon, Casimir rédige son testament. Il désigne comme héritiers universels ses deux frères Maurice et Louis, ainsi que sa cousine et fiancée Louise de Fonvert, et révoque ses dispositions antérieures :
« J’institue pour mes héritiers universels mes deux frères Maurice et Louis de Raphélis-Soissan, et ma cousine Louise de Fonvert. »
Il signe en qualité de sous-lieutenant au 99e de ligne. Avec ce testament, Casimir oublie sa nièce Louise, fille de son défunt frère Edgard11.
Disparu à Frœschwiller, le 6 août 1870
Le 6 août 1870, le 99e de ligne combat à Frœschwiller, dans la bataille également connue en France sous le nom de Reichshoffen. Il appartient, avec le 47e de ligne, à la brigade du général Maire, dans la division Conseil-Dumesnil du 7e corps. Engagée dans une contre-attaque vers Wœrth, la brigade subit de lourdes pertes, puis doit se replier. C’est au cours de cette retraite que Casimir est signalé blessé et disparaît.12

Les nouvelles qui parviennent ensuite à ses proches sont contradictoires. Dans une lettre non datée à Louis, B. de Martinquy explique avoir interrogé des officiers du régiment, puis le capitaine de la compagnie de Casimir. Selon les renseignements recueillis, celui-ci aurait été atteint à la tête par un éclat d’obus ; sa blessure paraissait très grave. La retraite aurait empêché de le transporter vers les ambulances françaises, et ses camarades ignoraient ce qu’il était devenu. L’auteur transmet donc une enquête auprès d’autres militaires, non le récit d’une scène dont il aurait été lui-même témoin.13
L’attente de Louise et de la famille
La famille ne renonce pas pour autant à le retrouver. Le 5 octobre 1870, depuis Aix, Louise transmet à Louis des renseignements arrivés par un autre chemin : Pons a reçu une lettre de son fils, prisonnier à Coblence, qui s’est renseigné auprès du sergent-major de la compagnie de Casimir. Ce dernier aurait dîné avec lui la veille de la bataille. D’après ce témoignage, Casimir aurait reçu une blessure légère à la cuisse et aurait été transporté à Reichshoffen, où sa trace se perd.14
Louise ajoute qu’un autre homme, passé auprès de la famille, croit l’avoir vu marcher longtemps en boitant. Aucun de ces indices ne constitue une preuve de survie, mais ils entretiennent son espérance. Sa lettre exprime le désir de revoir celui qu’elle aime et la solidarité qui l’unit à Louis dans l’épreuve. Dans un post-scriptum, elle préfère encore ménager leur tante d’Unang (Louise d’Olivier de Pezet, femme d’Edgard) : elle redoute que ces nouvelles ne soient prises pour l’annonce certaine de sa mort.
La famille et Louise de Fonvert espèrent que Casimir est prisonnier. Ce n’est qu’en juin 1871, quand les prisonniers sont libérés et rentrent chez eux qu’ils se résignent à la mort de Casimir et ils font célébrer une messe pour le repos de son âme le samedi 24 juin 1871 à Marseille.15
Les mentions ajoutées à la copie du testament apportent un repère documentaire plus précis : elles donnent Casimir comme décédé à Frœschwiller le 6 août 1870 et signalent qu’un acte de décès dressé par l’autorité militaire a été annexé à un acte de notoriété du 13 mai 1872. La date du 6 août concorde avec celle de l’inventaire du SHD. La nature exacte de sa blessure et les circonstances de ses dernières heures restent, en revanche, incertaines.16
La succession
La disparition de Casimir laisse aussi des affaires patrimoniales à régler. Louis emprunte 3 000 francs à son oncle Valère Martin pour avancer les droits dus par Louise de Fonvert, soit 2 525,70 francs. L’oncle Jules verse ensuite 1 000 francs, ramenant la somme réclamée à 1 525,70 francs. Louis poursuit sa cousine pour obtenir le solde, mais perd son procès.17
Louise de Fonvert épousera par la suite Alexis Martin de Boudard.
Sources et références
Cette biographie croise les actes et les lettres des archives familiales avec la presse ancienne, une liste d’anciens zouaves pontificaux, l’historique de la promotion de Suez et l’inventaire des dossiers d’officiers du Service historique de la Défense.
- Archives départementales de Vaucluse, état civil de Cavaillon, naissances de 1848, acte n° 39 du 29 février 1848, naissance du 28 février ; photographie de l’acte conservée dans les archives familiales. Ancien lien vers le registre numérisé. ↩
- Charles de Raphélis-Soissan, Histoire et généalogie de la famille de Raphélis-Soissan et des familles alliées, inédit, p. 178, soit p. 198 du PDF ; archives familiales, « Casimir de Raphélis-Soissan – Note sur les collèges », une page. Les années 1865-1866 à Saint-Étienne et 1867 à Saint-Clément de Metz sont mentionnées dans cette note. ↩
- Gaston de Villèle et Charles de La Noue, Les Français zouaves pontificaux, 5 mai 1860 – 20 septembre 1870, Saint-Brieuc, René Prud’homme, 1903, liste alphabétique, notices 4771 et 4772. Texte numérisé sur Wikisource. La notice comporte deux erreurs sur sa carrière française : l’entrée à Saint-Cyr en 1869 et l’affectation au 90e de ligne. La presse de 1868, les lettres et l’inventaire du SHD établissent respectivement 1868 et le 99e de ligne. ↩
- Lettre de Casimir à Poisat, Monterotondo, 14 janvier 1868, retranscrite par Charles de Raphélis-Soissan, ouvrage cité, p. 178. L’original de cette lettre ne figure pas parmi les pièces consultées ; l’identité du tuteur dont elle annonce la mort n’est pas établie par ce seul extrait. ↩
- Le Petit Journal, 7 octobre 1868, « École militaire de Saint-Cyr », liste par ordre de mérite, n° 21, coupure conservée dans les archives familiales ; général Jean Boÿ, Historique de la 53e promotion de l’École impériale spéciale militaire de Saint-Cyr, 1868-1870, promotion de Suez, 25 juin 2011, p. 1 et 5. ↩
- Archives familiales, lettre de Casimir à Louis de Raphélis-Soissan, Saint-Cyr, 13 avril 1870, deux pages. ↩
- Archives familiales, lettre de Casimir à Louis, Saint-Cyr, 13 juillet 1870, une page. ↩
- Lettre non datée de Louise de Fonvert à Louis, citée dans Charles de Raphélis-Soissan, ouvrage cité, p. 179, soit p. 199 du PDF. La datation au printemps 1870 est une proposition du récit familial, non une date portée sur la lettre. ↩
- Archives familiales, lettre de Casimir à Louis, Saint-Cyr, 15 juillet 1870, trois pages ; Jean Boÿ, historique de la promotion de Suez, ouvrage cité, p. 5. Seuls les passages de lecture suffisamment assurée du manuscrit sont cités ici. ↩
- Service historique de la Défense, inventaire de la sous-série GR 5 YE, dossiers d’officiers, noms N à Z, entrée « RAPHELIS SOISSAN de, Léon Maurice Casimir », sous-lieutenant, 99e régiment de ligne, date indiquée : 6 août 1870, cote GR 5 YE 19610. L’inventaire a été repéré en ligne ; le dossier individuel lui-même n’a pas été consulté. ↩
- Archives familiales, testament de Casimir de Raphélis-Soissan, Avignon, 28 juillet 1870, copie accompagnée de mentions judiciaires et notariales de 1872, deux pages. La citation abrégée conserve la désignation des trois héritiers ; les clauses de révocation suivent dans le document. ↩
- Charles de Raphélis-Soissan, ouvrage cité, p. 179, d’après Paul Stroh, La bataille de Froeschwiller, 6 août 1870 ; Résumé de l’historique du 99e régiment d’infanterie, exemplaire numérisé conservé à La contemporaine, passage « Guerre de 1870-1871 », p. 16. Ce dernier cite un sous-lieutenant sous la graphie déformée « Roffelio-Soissau » parmi les officiers tués à Frœschwiller. ↩
- Archives familiales, lettre non datée de B. de Martinquy à Louis, trois pages. Le signataire précise avoir vu des officiers du régiment et écrit au capitaine de la compagnie. ↩
- Archives familiales, lettre de Louise de Fonvert à Louis, Aix, 5 octobre 1870, quatre pages. Le renseignement passe du sergent-major au prisonnier de Coblence, puis à son père Pons, avant de parvenir à la famille. Il ne permet pas de trancher la contradiction avec la blessure à la tête rapportée par Martinquy. ↩
- Souvenir familial rapporté par Marc de Raphélis-Soissan dans la première version de cette biographie, publiée le 29 avril 2017. La date de la messe est conservée comme une information de ce récit ; aucun faire-part ni registre de célébration ne figure dans les pièces consultées. ↩
- Copie du testament, p. 2 : mention du décès à Frœschwiller le 6 août 1870 et de l’acte de décès militaire annexé à un acte de notoriété reçu par le même notaire à Cavaillon le 13 mai 1872. Le 13 mai est la date de l’acte de notoriété ; le document ne permet pas d’en faire la date de rédaction de l’acte militaire. ↩
- Charles de Raphélis-Soissan, ouvrage cité, p. 180, soit p. 200 du PDF. Ce récit mentionne expressément le versement de 1 000 francs par Jules de Fonvert. Les comptes originaux et le jugement n’ayant pas été examinés ici, le détail du différend est présenté comme le récit de l’auteur. ↩