Marseille, le 4 mars 1870
Ma chère Gabrielle [de Lubac], c’est toujours avec un bien grand plaisir que je reçois de tes nouvelles. D’abord parce que tu m’exprimes tes tendres sentiments pour moi, qui sont bien partagés de mon côté, et ensuite parce que tes lettres renferment constamment l’annonce des bonnes places de composition que tu as obtenues. J’espère comme toi que tu recevras à Pâques quelques récompenses de ton application. Tu apprécies maintenant l’avantage de se bien conduire et tous tes parents jouissent de tes succès. Tes excellentes maîtresses doivent redoubler d’attachement pour toi. Continue toujours de même et nous aurons plus tard la satisfaction de te voir reçue enfant de Marie, ce qui est un certificat de sagesse pour toute la vie.
Votre respectable supérieure, Mad de Serre, a éprouvé une grande affection par la mort de son oncle le cardinal de Bonald. Témoigne lui de ma part combien je m’y associe, adoucissez lui son chagrin par vos soins et votre bonne conduite.
Ta tante Rose [d’Agnel de Bourbon] et Isabelle [de Gaudemar] viennent de nous quitter ce matin à 9hres pour aller à Aix pour la journée et repartir le soir pour Riez. Elle mettront en passant Maxime [de Gaudemar] au pensionnat de Ste Croix1 (autrefois les frères gris). Ce petit drôle ne faisant rien à Avignon à cause de sa paresse et de sa mauvaise tête, je l’aurai plus rapproché et par conséquent je pourrai mieux le surveiller. Il est resté seulement 2 jours avec nous. Le départ de tante Rose nous est bien pénible, nous restons seuls avec ma fille Amélie [d’Agnel de Bourbon] à la maison, son mari [Jules Sallony] étant encore à Paris.
Tu m’avais annoncé une lettre de Valentine [de Gaudemar]. Je l’attends encore. Dis lui que je la recevrai avec plaisir. Recommande lui seulement qu’elle s’applique à l’écriture pour que je puisse la lire. Fais lui mes amitiés ainsi qu’à Pauline [de Lubac] dont je recevrai aussi des lettres bien volontiers. J’espère qu’on est toujours content d’elle et qu’elle fera comme toi une bonne élève.
Berthe [Sallony] que nous voyons souvent va bien et te fais ses compliments, tes tantes en font autant et moi, ma chère Gabrielle, je te renouvelle l’assurance de bon bien sincère attachement. Ton bon grand-père.
Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon2
Applique toi à gagner un bon accent pendant que tu es à Lyon, cela sied si bien à une jeune demoiselle.
Dis bien des choses de ma part à ta cousine [Isabelle de Campou]. Son frère Pierre [de Campou] ne retournera à Paris qu’après Pâques.