Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 3 janvier 1868

Marseille le 3 janvier 1868

Il m’est bien agréable ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac] en commençant une nouvelle année d’avoir à te féliciter sur es succès que tu obtiens au Sacré-Cœur. Ça m’est un sûr garant d’un avenir brillant pour tes études car cela me prouve que tu connais le prix d’une bonne éducation et que tu apprécie la bonté de l’établissement où on t’a placée. Continue ainsi ma chère petite et tu réaliseras les vœux que je forme pour ton bonheur qui partent d’un cœur qui t’aime bien. Te voilà avec le pied sur le premier degré des congrégations. J’espère que tu en monteras successivement l’échelle pour arriver avant la fin  à être reçue enfant de Marie. J’ai eu le bonheur de voir mes quatre filles atteindre ce haut degré. J’espère bien que mes petites-filles me procureront cette douce jouissance.

Je regrette bien de ne pas pouvoir t’embrasser en te souhaitant le bonne année mais la distance est trop grande et la saison trop pénible pour pouvoir me procurer ce plaisir. Nous avons chargé Mad Massot1 qui doit aller voir son fils à Mongré de vous porter des bonbons. Peut-être le temps aura-t-il un peu contrarié son voyage. Vous nous direz s’ils vous sont parvenus. Quant à vos étrennes, nous les tenons à votre disposition. Vous nous marquerez ce que vous voulez en faire, soit que je vous les garde pour vous les remettre lorsque vous viendrez ici, soit que vous préfériez les toucher aux Anglais2 auquel cas j’autoriserai Mad l’économe de vous les remettre en les portant ensuite sur le compte. Tu as donc 20 f à toi dont 10 donnés par moi, 5 f par ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon] et 5 f par ta tante Caune [Honorine d’Agnel de Bourbon]. Je te remercie de ton exactitude à m’adresser ton compte de dépense de chaque mois. C’est le moyen de commencer de bonne heure à avoir de l’ordre. Or l’ordre est le principe des fortunes comme le désordre en est la ruine.

Tu as quelques fois le plaisir de voir ton frère [Fernand de Lubac], c’est bien agréable. Il parait qu’on est content de lui. Il a été 1er en version grecque sur 36 élèves, c’est bien joli.

Nous sommes au milieu de la neige. Ma chère Gabrielle, vous devez en avoir au moins autant aux Anglais. Garantis toi du froid, donne moi des nouvelles de ta santé et de celle de Valentine et n’oublie pas tes places en composition.

Je t’embrasse de tout mon cœur en me disant ton bon grand-père Cte d’Agnel de Bourbon3

Tes tantes, tes oncles et Berthe [Berthe Sallony] te disent mille choses affectueuses.

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