Gemenos le 24 octobre 1871
Ma chère Gabrielle [de Lubac], ta lettre est venue me confirmer les détails que m’avait déjà donnés Fernand sur les contrariétés que vous avez éprouvées en arrivant à la gare d’Avignon de ne point trouver les religieuses qui devaient s’y rencontrer pour vous conduire jusqu’à Lyon. Je conçois combien votre embarras a dû être grand. La providence vous a inspirées l’heureuse idée d’aller vous informer au Sacré-Cœur d’Avignon de ce qui pouvait être cause de ce désappointement puisque la Supérieure vous a engagées de coucher chez elle, qu’une religieuse vous conduirait le lendemain aux Anglais où vous êtes arrivées en bon port. Vous y avez revu vos maîtresses avec beaucoup de plaisir. J’ai reconnu l’esprit de justice de votre responsable supérieure en vous faisant jouir de l’avantage accordé aux élèves qui rentrent exactement le jour fixé puisqu’il n’y avait pas de votre faute et que si vous aviez rencontré les religieuses qu’on vous avait indiquées, vous seriez rentrées le 10 au soir. Maintenant, avez-vous appris quelle a été la cause de l’inexactitude de ces sept religieuses ? Auraient-elles manqué le train, mais dans ce cas, elles auraient pris le train suivant. Toujours est-il que le pauvre Fernand était fort embarrassé et qu’il s’est trouvé bien heureux qu’on allégea sa part de responsabilité. Une chose que je désire savoir et que vous ne m’avez pas apprise, c’est si vous avez été obligées de payer encore la place d’Avignon à Lyon ou si à la gare on vous a tenu compte de vos billets pris à Marseille pour jusque Lyon.
Nous regrettons comme toi ma chère Gabrielle les moments agréables que nous avons passés ensemble à Entrecasteaux. Les réunions de famille sont si agréables. J’espère, si le bon Dieu me prête vie, de les renouveler l’année prochaine. En attendant, travaillez bien, tu as maintenant à gagner de devenir enfant de Marie. Je compte sur ton exactitude et ta bonne conduite pour mériter cet honneur. Mes quatre filles l’ont été, j’espère que mes petites filles ne dérogeront pas et que chacune d’elles obtiendra le grand cordon bleu.
A notre retour d’Entrecasteaux, nous sommes demeurés 4 ou 5 jours à la ville parce que ta tante était un peu fatiguée. Dès qu’elle a été bien, nous sommes venus nous installés à Gemenos avec Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard]. Nous y resterons jusqu’après les fêtes de la Toussaint. Dis à Valentine [Caune] que son père [Henri Caune] est avec nous depuis hier soir. Il est venu dès que ta tante Marie [d’Agnel de Bourbon] a quitté la campagne. Il va bien et me charge de lui demander ce qu’il doit faire de divers objets qu’elle avait mis dans sa caisse, qu’il a encore. Elle fait sa seconde classe comme toi. Il faut qu’il y est de l’émulation entre vous deux. Fais lui mes amitiés et dis lui que j’attends avec impatience la lettre qu’elle m’annonce. Pauline [de Lubac], j’espère, se soutiendra bien en 4ème. Embrasse la pour moi. J’espère aussi qu’elle ne me fera pas attendre longtemps une de ses lettres. Pour toi, ma chère Gabrielle, tes lettres me font trop de plaisir pour que tu ne les renouvelles pas souvent.
Fais moi le plaisir de présenter mes hommages à Mad de Mortillet votre digne supérieure. Je suis bien content de vous savoir rentrées sous sa direction, bien que je n’ai qu’a me louer de Mad de Brémond, Supérieure d’Aix. Quoique je ne connaisse pas votre maîtresse générale, veille bien aussi lui présenter mes hommages.
Ta tante et ton oncle te font leurs amitiés, Berthe et son mari te disent mille choses affectueuses et Ferdinand ne veut pas être oublié auprès de toi. Pour moi, c’est toujours avec une nouvelle satisfaction et le cœur plein d’attachement que je me dis ton bon grand-père.
Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1
Dis moi si tu as reçu les deux paquets que j’ai expédiés par la petite vitesse du chemin de fer, dont j’ai payé le port d’avance.