Marseille le 1er mai 1871
Ma chère Gabrielle [de Lubac], j’ai à répondre à ta charmante lettre. Je le fais bien volontiers avant de partir pour Hyères avec ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon]. C’est après-demain, mercredi, que nous nous mettrons en route pour aller rejoindre Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard]. Nous avons tout autant envie de les embrasser qu’ils en ont eux-mêmes. Tu dois savoir que ton père [Eugène de Lubac] leur a fait une visite d’un jour en retournant à Entrecasteaux. Il nous a quitté plus tôt qu’il ne croyait à cause des élections parce qu’il remplit les fonctions de Maire comme le premier conseiller inscrit au tableau par évènement. Il aurait pu se dispenser de tant se presser puisqu’on a décidé de s’abstenir de tout vote, ce qui selon moi est une très mauvaise détermination car le proverbe dit qui quitte la partie la perd.
Je conçois qu’on est un peu surpris lorsqu’on change de résidence, mais pour vous autres, ce doit être beaucoup plus facile de s’habituer que vous retrouvez Mad de La Rochette qui vous aime beaucoup et une Supérieure dont la bonté est bientôt sympathique. Les dames du Sacré-Cœur offrent un très grand avantage. Elles joignent à la bonne éducation, à la douceur de leur caractère, des manières séduisantes. Lorsqu’on joint à cela la bonté du cœur, on conçoit facilement qu’on les aime beaucoup. Tu dois donc être bien habituée à présent. Je ne doute pas que tu ne mettes beaucoup de bonne volonté et d’empressement à plaire à ses dames et que tu n’apportes beaucoup d’application à tes études. Que fait la chère Pauline [de Lubac] ? Je ne pense pas que je recevrai une lettre d’elle à Hyères. Quelle classe fait-elle ? Embrasse la pour moi.
Je fus déjeuner dernièrement au Prado. Isabelle de Campou me charge de vous faire ses compliments. Je ne vois pas qu’on s’occupe de la faire travailler. C’est fâcheux parce qu’elle reculera au lieu d’avancer.
Il est possible qu’après Hyères, j’aille faire une visite à ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon]. Elle a renoncé à aller faire des vers à soie au Plan. Ton père [Eugène de Lubac] a consulté ici un oculiste qui lui a prescrit un régime sévère. Il parait qu’il le suit et commence à se trouver mieux pour sa vue
Mad de Cadolle et ta tante Euphrosine [Bernard ?] m’attendent pour faire la partie.
Tes tantes et tes oncles te font leurs amitiés et moi je t’embrasse de tout cœur. Ton bon grand-père