Marseille le 12 mai 1969
Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], si ta lettre par tante Marie n’a pas pu me donner le détail des plaisirs que tu as goûtés dans votre sortie parce qu’elle était faite d’avance, ta tante me les a donnés dans une lettre qu’elle m’a écrite depuis lors. Il parait que vous vous êtes bien amusées et qu’elle vous a gâtées. Voilà la récompense d’une bonne conduite. Il n’en a pas été de même de Fernand [Fernand de Lubac]. Tu n’as pas pu l’embrasser, c’est bien de sa faute. Cet imbécile là savait que sa tante devait le faire sortir, il aurait dû redoubler de sagesse afin de profiter de cette bonne occasion. Le supérieur a été inflexible. Si cela lui sert de leçon, ce sera fort heureux. On m’a dit que tu étais florissante de santé. Conserve la bien afin que nous en jouissions lorsque les vacances qui approchent viendront combler nos vœux mutuels. Je compte que tu nous apporteras quelques prix. J’ai été très content d’apprendre tes places en composition, 2ème en histoire et 1ère en répétition du mois. J’accepte l’heureuse augure que tu me donnes que ta prochaine lettre m’annoncera plusieurs premières. Continue à être bien sage et à bien satisfaire tes maîtresses et la bonne Mad de Serre dont je suis reconnaissant de toutes ses bontés. Elle m’a promis que ta sœur Pauline [de Lubac] entrerait après les vacances. Je ne sais si elle lui a donné un numéro.
Je sais ma chère Gabrielle que tu pries toujours pour que ma santé se rétablisse complètement. Il y a encore à faire pour que je sois tout à fait bien mais cependant, je vais mieux. Je pense qu’à la fin de mois nous irons à la campagne. Là, le bon air, la tranquillité me seront favorables.
Je t’engage en t’écrivant de corriger une lettre de l’alphabet qui devient indéchiffrable. C’est la lettre v. Tu l’écris ainsi v ce qui ressemble à une S. Tu feras donc bien de ne pas jeter ta plume aussi haut. Du reste, ton écriture est lisible, seulement pour moi, je la désirerais un peu plus grosse.
Je te ferai la même recommandation que j’ai faite à Valentine [de Gaudemar] c’est de profiter de ton séjour à Lyon pour gagner un bon accent, cela sied si bien à une demoiselle.
Tu as appris sans doute la mort de la pauvre Marie de Lumley. Après avoir beaucoup souffert elle a enfin rendu son âme à Dieu la semaine dernière. Il est cruel de mourir si jeune, elle avait 25 ans. Cela prouve qu’il faut toujours être prêt à paraître devant le souverain créateur.
Isabelle de Gaudemar a été bien heureuse de revoir à Aix Mad de La Rochette. Savez-vous si elle doit retourner bientôt aux Anglais ? Je sais que vous la désirez toutes beaucoup. Je n’ai pas le plaisir de la connaître. Veuille bien présenter mes très humbles hommages à Mad de Serre.
Reçois les amitiés de mes alentours et de Berthe [Sallony] en particulier et l’expression du bien tendre attachement de ton bon grand-père. Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1