Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 6 février 1868

Marseille le 6 février 1868

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], j’ai reçu ta lettre avec plaisir et les détails qu’elle renferme sur le grand congé que vous avez eu. Vos maîtresses s’efforcent de trouver les moyens de vous amuser, de vous être agréables. Il est juste que de votre côté vous cherchiez à leur être agréables à votre tour en étant bien obéissantes et bien appliquées. D’ailleurs en agissant ainsi vous travaillez plus pour vous autres que pour elles. J’ai lu ton bulletin qui est bon. J’y ai vu seulement avec étonnement son caractère a besoin d’être travaillé. Cela m’a étonné parce que je te croyais d’une douceur d’ange. Songe bien que la douceur doit être l’apanage des femmes. Tes succès dans les compositions m’ont fait grand plaisir. Je me glorifie un peu de ta place de première en arithmétique.

Lorsque tu m’écris, donne moi des nouvelles de Valentine [Valentine de Gaudemar]. Je la crois tout à fait rétablie et voilà le beau temps qui la consolidera dans le bien. Fais mes compliments à Isabelle de Campou et parle moi d’elle dans tes lettres. Quoique vous ne soyez pas dans la même classe vous devez vous voir souvent. Il parait que les visites de ton frère [Fernand de Lubac] sont devenues rares. Vous devez avoir été contentes de voir Raymond de Campou.

Nous avons depuis avant hier les Gaudemar [Ferdinand de Gaudemar et Rose d’Agnel de Bourbon], ce qui nous fait grand plaisir. Ils se joignent aux Sallony [Jules Sallony et Amélie d’Agnel de Bourbon] pour te faire leurs amitiés.

Je t’embrasse de tout mon cœur ma chère petite-fille1

Cte d’Agnel de Bourbon

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 3 janvier 1868

Marseille le 3 janvier 1868

Il m’est bien agréable ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac] en commençant une nouvelle année d’avoir à te féliciter sur es succès que tu obtiens au Sacré-Cœur. Ça m’est un sûr garant d’un avenir brillant pour tes études car cela me prouve que tu connais le prix d’une bonne éducation et que tu apprécie la bonté de l’établissement où on t’a placée. Continue ainsi ma chère petite et tu réaliseras les vœux que je forme pour ton bonheur qui partent d’un cœur qui t’aime bien. Te voilà avec le pied sur le premier degré des congrégations. J’espère que tu en monteras successivement l’échelle pour arriver avant la fin  à être reçue enfant de Marie. J’ai eu le bonheur de voir mes quatre filles atteindre ce haut degré. J’espère bien que mes petites-filles me procureront cette douce jouissance.

Je regrette bien de ne pas pouvoir t’embrasser en te souhaitant le bonne année mais la distance est trop grande et la saison trop pénible pour pouvoir me procurer ce plaisir. Nous avons chargé Mad Massot1 qui doit aller voir son fils à Mongré de vous porter des bonbons. Peut-être le temps aura-t-il un peu contrarié son voyage. Vous nous direz s’ils vous sont parvenus. Quant à vos étrennes, nous les tenons à votre disposition. Vous nous marquerez ce que vous voulez en faire, soit que je vous les garde pour vous les remettre lorsque vous viendrez ici, soit que vous préfériez les toucher aux Anglais2 auquel cas j’autoriserai Mad l’économe de vous les remettre en les portant ensuite sur le compte. Tu as donc 20 f à toi dont 10 donnés par moi, 5 f par ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon] et 5 f par ta tante Caune [Honorine d’Agnel de Bourbon]. Je te remercie de ton exactitude à m’adresser ton compte de dépense de chaque mois. C’est le moyen de commencer de bonne heure à avoir de l’ordre. Or l’ordre est le principe des fortunes comme le désordre en est la ruine.

Tu as quelques fois le plaisir de voir ton frère [Fernand de Lubac], c’est bien agréable. Il parait qu’on est content de lui. Il a été 1er en version grecque sur 36 élèves, c’est bien joli.

Nous sommes au milieu de la neige. Ma chère Gabrielle, vous devez en avoir au moins autant aux Anglais. Garantis toi du froid, donne moi des nouvelles de ta santé et de celle de Valentine [Valentine de Gaudemar] et n’oublie pas tes places en composition.

Je t’embrasse de tout mon cœur en me disant ton bon grand-père Cte d’Agnel de Bourbon3

Tes tantes, tes oncles et Berthe [Berthe Sallony] te disent mille choses affectueuses.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 25 octobre 1867

Gemenos le 25 8bre 1867

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], Je te remercie de l’intérêt que tu prends à ma fluxion. Elle a complètement disparue, mais elle m’a bien contrarié en m’empêchant de vous accompagner. J’aurais un peu consolé ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon] au moment de se séparer de ses deux enfants. Heureusement, elle sent comme vous autres le prix d’une bonne éducation et elle sait faire le sacrifice de sa propre satisfaction dans votre intérêt. Je vois avec plaisir ma chère Gabrielle que toi aussi, après les premiers épanchements de tendresse, bien naturels pour une fille qui aime bien sa mère, tu vas te mettre au travail avec ardeur et profiter des bons conseils que tu recevras de tes excellentes maîtresses. Outre les avantages que tu en recueilleras, tu procureras de grandes satisfactions à tous tes parents. Tu sais que ton bon grand-père [Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon] n’est pas des derniers à s’intéresser à toi. Aussi ai-je été très content en connaissant les bonnes places que tu as eues dans les compositions, les très bien que tu as obtenus m’assurent que tu feras une bonne classe et que tu as envie d’arriver à la 1ère. dis moi combien vous êtes d’élèves dans votre classe.

Tu dois avoir vu ton frère [Fernand de Lubac], ce qui est très agréable pour tous les deux. Tu dois voir souvent ta cousine Valentine [Valentine de Gaudemar] qui étant plus ancienne doit te mettre au courant des habitudes de la maison. Isabelle de Campou doit aussi y contribuer. Fais lui mes compliments.

Ta tante Ferdinand me charge de te remercier de ta lettre qui lui a fait grand plaisir. Elle te répondra lorsqu’elle sera à Entrecasteaux. Berthe [Berthe Sallony], ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon] et ton oncle [Jules Sallony] te font leurs amitiés. Nous sommes encore à Gemenos jusque vers le 15 9bre. Depuis quelques jours nous avons des temps superbes. Ton père [Eugène de Lubac] est attendu demain. Nous désirons garder ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon] le plus longtemps possible, son départ n’est pas encore fixée.

J’ai appris avec plaisir que ton pied allait être guéri, que l’ongle devait bientôt tomber mais qu’il ne te faisait plus mal. Tu ne tarderas pas alors à quitter l’infirmerie. Dans ta prochaine lettre, donne moi beaucoup de détails. Tu sais que je les aime, surtout lorsqu’ils concernent les personnes pour lesquelles je conserve un vive affection. C’est dans cette espérance que je te quitte, mais auparavant je t’envoie une bonne caresse de ton bon grand-père Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon

Pauline [Pauline de Lubac] que je fais travailler et qui en a bien besoin t’embrasse tendrement ainsi que Richon [Marie de Lubac] qui nous amuse tous.1